Valérie Boyer
© Jacques Witt/SIPA
Valérie Boyer
Chaque jour, nous avons décidé de vous raconter le quotidien d'un Français, face à la crise sanitaire majeure que traverse le pays. Soignants, élus, policiers, chefs d'entreprises qui, la mort dans l'âme, voient leur carnet de commande se vider et engagent des licenciements massifs, et aussi bien sûr la nouvelle vie de ceux qui viennent de perdre leur travail, de ceux qui vivent confinés à domicile, avec leurs enfants, tout en étant en télétravail, des enseignants, qui organisent tant bien que mal le travail de leurs élèves à distance... Aujourd'hui, Valérie Boyer, députée LR de Marseille, infectée par le Covid-19.

Valérie Boyer est apparue rapidement en duplex de chez elle sur les plateaux des chaînes d'info, le 22 mars, les traits tirés, deux jours après sa sortie de l'hôpital, où elle était soignée dans le service du professeur Raoult depuis le début de la semaine. Aujourd'hui, elle se confie à Valeurs actuelles au cours d'un long entretien dans son appartement marseillais, où elle est confinée avec son mari et deux de ses enfants.

Lundi 16 mars, la députée décide d'aller se faire dépister. Elle toussait, se sentait de plus en plus fatiguée. « Cela faisait deux ou trois jours que ma toux s'amplifiait et que je me sentais vraiment épuisée. Et je traînais cette toux depuis un bon moment. J'avais consulté des médecins bien sûr, été sous cortisone, antibiotiques, mais impossible de m'en débarrasser », raconte-t-elle.

Testée le matin, elle reçoit un appel de l'hôpital en fin de journée lui annonçant qu'elle est positive et invitée à se faire hospitaliser le soir même. « La première chose que j'ai faite a été d'envoyer un texto à tous ceux que j'avais vus très régulièrement ces dernières semaines, alors que j'étais en pleine campagne électorale. La bonne nouvelle, c'est qu'aucune des 70 personnes avec qui j'avais été régulièrement en contact n'était infectée, pas même ceux avec qui je déjeunais, circulais en voiture, pas même au sein de mon propre foyer. »

C'est dans le service du professeur Didier Raoult que Valérie Boyer passe les quatre jours suivants. Les règles y sont très strictes, les malades confinés dans leur chambre, les soignants protégés au maximum de toute contamination. « Malgré cet isolement, ces contacts réduits au minimum, je me suis paradoxalement sentie très entourée par tous. Avec un petit mot, une attention, ils réussissent à transmettre une véritable chaleur humaine. »

Valérie Boyer est placée sous chloroquine, associée à un autre médicament, le plaquenil. La polémique autour de l'efficacité du médicament n'est pas encore lancée et depuis, elle répète à l'envi son entière confiance dans l'équipe de Didier Raoult. La députée est sortie de l'hôpital le 20 mars. Elle est maintenant confinée chez elle. « Ici c'est bien plus compliqué, précise-t-elle. Je me cantonne dans un coin pour éviter au maximum de les contaminer. »

Pas simple, de s'isoler dans son propre logement. « Les réflexes de toucher le minimum de choses n'est pas facile acquérir, explique-t-elle encore. Je porte un masque en permanence, on désinfecte tout ce que je touche, je m'interdis quasiment toute activité, comme plier du linge propre, vider une machine. Et mes filles font la police. Je n'ai presque plus le droit de téléphoner. Elles viennent me dire que je parle trop, que je ne me repose pas assez.»

Comme la majorité des Français, la députée est à sa fenêtre à 20 heures, tous les soirs, pour applaudir le personnel soignant : « A Marseille, l'archevêque a demandé de faire sonner toutes les cloches des églises, quelques minutes auparavant. J'ai trouvé cette manière de participer pleine de délicatesse. En montrant la participation de la communauté catholique, sans couvrir le bruit des applaudissements. »

La députée se dit encore très touchée des centaines de messages de sympathie qu'elle reçoit. « Toutes ces personnes, parfois perdues de vue parce qu'on est entraîné par le tourbillon de la vie et qui réapparaissent, c'est très émouvant », confie-t-elle encore. Emue mais aussi en colère.

« Les journalistes me demandent tous ce que je pense de l'effet de la chloroquine. Je ne suis pas compétente pour répondre à cette question, insiste Valérie Boyer. En revanche, je ne comprends pas comment, en France, pays qui dépense à lui seul 15% de l'intégralité des dépenses sociales de la planète, on se soit trouvé dans cette situation sidérante de pénurie de masque, de gel hydro alcoolique, et sans avoir de quoi tester tout le monde. » En colère encore quand elle entend les autorités dire que sans symptôme, les masques ne servent à rien, ou encore qu'ils seraient inutiles parce que les gens ne savent pas les mettre.

« Tout cela pour cacher la pénurie ! dénonce-t-elle. Le chef de l'Etat parle de guerre ? Je suis en colère de voir tous ces Français que l'on envoie au front, parce que leurs missions sont essentielles, soignants mais aussi employés des magasins d'alimentation, policiers, pompiers, agriculteurs, camionneurs, éboueurs et j'en passe, sans protection. Sans avoir été testés. Alors même que certains sont contagieux sans le savoir », s'indigne-t-elle encore.

En colère, encore, de voir que l'on est en train de laisser s'engorger les hôpitaux publics pendant qu'il reste énormément de lits vides dans les établissements privés qui ne demandent qu'à participer. Le soir les autorités françaises font un point quotidien de la situation. « Mais ce n'est pas du nombre de morts dont je veux entendre parler. Ce sont des moyens concrets qui sont mis en place pour faire face à l'épidémie. Et qu'on ne me dise pas que l'on n'a pas eu le temps. Cela fait des années que les spécialistes nous prédisent l'arrivée d'une pandémie comme celle ci et alertent sur la nécessité de s'y préparer. »

A l'époque de la grippe H1N1, quand Roselyne Bachelot était ministre de la Santé et François Fillon Premier ministre, le travail avait été fait. Puis, les socialistes ont considéré que ces stocks de masques, pour ne parler que d'eux, étaient des dépenses inutiles. La députée évoque EPRUS : l'établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires. Créé en 2007, il a été dissous en 2016.

N'en reste pas moins que sur le site de Santé publique France, on trouve ces mots : « Stocks stratégiques [...] grosses quantités de produits de santé [...] gérées au niveau national [...] Santé publique France, à travers son établissement pharmaceutique, qui assure cette activité [...] acheter, stocker [...] il s'agit de produits destinés à faire face aux risques biologiques, chimique, [...] aux menaces épidémiques de grande ampleur (pandémie). » Des mots...