Le génome des hommes préhistoriques confirme l'arrivée de deux grandes vagues de migrants dans l'Hexagone, l'une pendant le Néolithique, il y a environ 6 300 ans, et la deuxième pendant l'Âge du bronze, il y a environ 4 200 ans.

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© Eva-Maria Geigl et Thierry Grange, Institut Jacques Monod (CNRS/Université de Paris)
Samantha Brunel examinant un crâne dans le laboratoire de haut confinement de l’Institut Jacques Monod (CNRS/Université de Paris)
Qu'ont découvert les généticiens ?

Pour la première fois en France, une étude menée par Eva-Maria Geigl et Thierry Grange, paléogénéticiens, et leur équipe à l'Institut Jacques Monod (CNRS/Université de Paris), a mis en évidence, en étudiant le génome de fossiles d'hommes et de femmes remontant jusqu'à 7 000 ans avant le présent, que le métissage, entre les chasseurs-cueilleurs autochtones du mésolithique et les premiers migrants du néolithique venant d'Anatolie persiste jusqu'à nos jours dans le génome des Français (1).

Les chercheurs ont également montré que le métissage des populations néolithiques avec celles des steppes pontiques venues du nord-est de la Mer Noire (actuelle Ukraine), les Yamnayas, arrivées il y a 4 200 ans sur ce qui est aujourd'hui le territoire français, a laissé une empreinte pérenne. En effet, le chromosome Y de la majorité des hommes en France porte, aujourd'hui encore, la signature de ces hommes des steppes.
Plus précisément, lors de la première migration, les agriculteurs anatoliens, venus du Croissant fertile proche-oriental, maîtrisaient l'agriculture et l'élevage. Ils seraient partis d'Anatolie il y a 7 500 ans via le Bosphore, le sud-est des Balkans (actuelles Bulgarie et Roumanie), puis les Carpates, la Hongrie où ils auraient rencontré des populations pratiquant la culture dite de la « céramique linéaire rubanée ».

Ils auraient ensuite remonté la vallée du Danube (Autriche, Allemagne), franchi le Rhin, et continué jusqu'en Champagne et jusqu'au Bassin parisien (7 200 ans), puis divergé, un groupe poursuivant vers l'Espagne et l'Italie, un autre vers la Belgique. Lors de ce voyage de plusieurs siècles, les Anatoliens se seraient mélangés avec des chasseurs-cueilleurs mésolithiques, en chemin et en France.

Les Yamnayas, eux, constituent une population d'éleveurs de bovins, ayant probablement domestiqué le cheval et inventé la roue. Ils enterraient leurs morts au sein de grands tumulus appelés kourganes et ils auraient également apporté la maîtrise de la métallurgie. « On sait qu'à l'Age du Bronze, en 4 500 (2 500 av. J.-C.), ils étaient arrivés en Allemagne », précise Eva-Maria Geigl.

Comment ont-ils procédé ?

Au total ont été analysés 243 crânes (notamment une zone de l'os temporal où l'ADN est mieux conservé) ou ossements du reste du corps exhumés par les archéologues de l'Institut national de recherches archéologiques préventives et des universités françaises dans l'Est, le nord et le sud de la France.

Les biologistes moléculaires ont séquencé l'ADN ancien, en se focalisant sur l'ADN mitochondrial pour retracer la lignée maternelle et le chromosome sexuel Y pour suivre la lignée paternelle.

Qu'apprend-on de plus d'un point de vue anthropologique ?

« La présence d'une signature génétique des hommes des steppes, les Yamnayas, jusqu'à aujourd'hui, signifie, au sens de l'évolution darwinienne, qu'ils se sont davantage reproduits que les hommes du néolithique, estime Eva-Maria Geigl. Il s'agit bien d'une reproduction plus performante et non pas d'un remplacement ni d'un esclavage », poursuit la chercheuse. Une fouille pratiquée en Bavière a d'ailleurs montré, grâce à l'analyse isotopique des os servant de véritable GPS, que les hommes installés et riches épousaient des femmes venant de l'est.

Toutefois, en mai 2019, l'archéologue danois Kristian Kristiensen de l'université de Göteborg (Suède) a publié dans New Scientist une version vulgarisée de ses travaux allant dans le sens d'une colonisation brutale au cours de laquelle ces guerriers ont tué un grand nombre d'hommes, de femmes et d'enfants du sud de l'Angleterre au nord de l'Écosse. Et plusieurs chercheurs de se demander si les Yamnayas n'ont pas été l'un des peuples les plus meurtriers de tous les temps. Une nouvelle controverse scientifique en perspective.

(1) Publié dans PNAS le 25 mai 2020.