L'ADN prélevé sur le site funéraire de Newgrange suggère l'existence, parmi les agriculteurs de l'âge de pierre, d'une élite où l'inceste se pratiquait.

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Newgrange, Irlande
L'analyse de l'ADN d'un homme d'âge moyen mort il y a environ cinq mille ans et enterré à Newgrange, l'un des plus célèbres sites archéologiques d'Irlande, révèle que ses géniteurs étaient de proches parents. Peut-être un frère et une sœur, ou alors un parent et son enfant. C'est ce que rapportent des chercheurs irlandais et britanniques dans une étude parue le 17 juin dans Nature.

Au total, l'équipe a séquencé les génomes d'une quarantaine de personnes issues de plusieurs sites datant du néolithique, une période marquée par l'arrivée de l'agriculture. L'un de ces génomes est celui d'un homme adulte, né d'une union incestueuse, dont les os ont été trouvés dans la niche la plus décorée de la chambre située au cœur de la tombe. Par ailleurs, l'étude des isotopes présents dans les os des individus enterrés dans le tunnel de chambres funéraires montre qu'ils mangeaient plus de viande et de produits d'origine animale que leurs contemporains enterrés ailleurs.

"Les traces d'ADN retrouvées à Newgrange laissent penser que les hiérarchies sociales sont apparues en Irlande plus tôt que ce que l'on croyait", relaie Science. En outre, l'inceste est tabou dans presque toutes les sociétés, à l'exception de certaines familles royales consanguines.

Pour le New Scientist, "cette découverte suggère que l'élite au pouvoir dans l'Irlande de l'âge de pierre pratiquait les mariages consanguins, comme certaines dynasties de l'Égypte antique".

Jusqu'à présent, les archéologues avaient supposé que Newgrange était un site cérémoniel et un tombeau communal, expression d'une société égalitaire. "Nous avons peut-être été un peu loin dans l'idée que ces gens formaient une communauté égalitaire", soutient dans Science, à la lumière de cette étude, Jessica Smyth, archéologue à l'University College Dublin, qui n'a pas participé aux travaux.

D'autres archéologues se veulent plus prudents. "Se fonder sur les échantillons NG10 [tels que sont étiquetés les os découverts dans la niche centrale] pour dire qu'il s'agissait de sociétés proto-étatiques avec une élite toute-puissante, c'est aller un peu loin", estime Julian Thomas, archéologue à l'université de Manchester, qui n'a pas participé à l'étude. "Il ne s'agit que d'un individu", martèle-t-il dans Science. En outre, rappelle-t-il, Newgrange fut un lieu de sépulture pendant près de mille ans, une période trop longue pour formuler des généralités à partir d'un cas unique.


Comment: En effet. Mais formuler des généralités à partir d'un cas unique ou transformer une simple hypothèse en vérité scientifique ne sont-ils pas des pratiques courantes dans le milieu archéologique (et dans les milieux scientifiques en général) ?