Les responsables occidentaux et les experts médiatiques reconnaissent maintenant directement que la "contre-offensive de printemps" tant vantée par l'Ukraine a été un échec catastrophique, mais au lieu d'y voir une raison de reconsidérer le consensus politique dominant sur cette guerre, ils disent au contraire à tout le monde que l'échec de la contre-offensive signifie que nous devons continuer l'effusion de sang et la politique de la corde raide nucléaire pour les années à venir.
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Il est temps de repenser les choses et d'aider l'Ukraine à gagner une longue guerre
Dans un article récent intitulé "Les USA et leurs alliés s'attendent à ce que la guerre en Ukraine dure plusieurs années", Bloomberg rapporte que la structure de pouvoir centralisée des États-Unis s'attend à soutenir son conflit par procuration contre la Russie pendant très longtemps, potentiellement jusque dans les années 2030.

Bloomberg rapporte :

Les États-Unis et leurs alliés du Groupe des Sept s'attendent désormais à ce que la guerre en Ukraine se prolonge pendant des années et intègrent cette possibilité dans leur planification militaire et financière.

Un haut fonctionnaire d'un pays européen du G7 a déclaré que la guerre pourrait durer encore six ou sept ans et que les alliés doivent prévoir des moyens financiers pour continuer à soutenir Kiev pendant un conflit aussi long.

C'est beaucoup plus long que ce que de nombreux responsables avaient prévu au début de l'année, mais la lenteur des progrès de la contre-offensive ukrainienne au cours des derniers mois a tempéré les attentes.

Dans une récente interview accordée à CNN, le président sortant de l'état-major interarmées, Mark Milley, a déclaré que la réalisation de l'objectif officiel de Kiev, à savoir la reconquête de l'ensemble du territoire ukrainien, allait nécessiter "des efforts très importants sur une période de temps considérable".

"Je peux vous dire qu'il faudra beaucoup de temps pour éjecter militairement les quelque 200 000 soldats russes de l'Ukraine occupée par la Russie", a ajouté M. Milley. "La barre est très haute. Il faudra beaucoup de temps pour y parvenir".


Commentaire : Et beaucoup de morts.


Dans une récente interview accordée au journal allemand Berliner Morgenpost, le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a également insisté sur le fait que cette guerre allait durer très longtemps.
"La plupart des guerres durent plus longtemps que prévu lorsqu'elles commencent. Nous devons donc nous préparer à une longue guerre en Ukraine", a déclaré Stoltenberg.

"Nous souhaitons tous une paix rapide", a ajouté Stoltenberg. "Mais en même temps, nous devons être conscients de la situation : Si le président Zelensky et les Ukrainiens abandonnent le combat, leur pays n'existera plus. Si le président Poutine et la Russie déposaient leurs armes, nous aurions la paix. Le moyen le plus simple de mettre fin à cette guerre serait que Poutine retire ses troupes".
Les dirigeants de l'empire et leurs apologistes ne cessent de répéter que le seul obstacle à la paix en Ukraine est le refus de la Russie de partir. Cette affirmation ne tient évidemment pas compte des nombreuses agressions occidentales largement documentées qui ont provoqué l'invasion de la Russie, un fait que Stoltenberg lui-même a admis au début du mois.

Exiger que la Russie mette fin à ses agressions sans que l'Occident n'accepte de mettre fin à ses propres agressions qui ont conduit à ce conflit, c'est simplement exiger que la Russie se couche et se soumette à la domination de l'empire occidental. Ce n'est pas un appel à la paix, c'est un appel à la victoire totale de Washington et de ses alliés.

Stoltenberg a renforcé son argument selon lequel cette guerre durera des années en affirmant que l'Ukraine deviendra membre de l'OTAN à la fin de la guerre, ce qui revient à dire à Moscou que si l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN lui paraît toujours inacceptable, elle doit soit annexer entièrement l'Ukraine à la Fédération de Russie, soit continuer à faire la guerre pour l'éternité.

"L'Ukraine deviendra membre de l'OTAN — tous les alliés l'ont dit clairement", a déclaré Stoltenberg, ajoutant que l'Ukraine aura besoin de la protection de l'OTAN à la fin de la guerre, faute de quoi "l'histoire pourrait se répéter".

Les médias occidentaux transmettent le même message. Le célèbre torchon de propagande de l'empire The Economist a publié un nouvel article intitulé "L'Ukraine est confrontée à une longue guerre. Un changement de cap s'impose", où l'on voit un drapeau ukrainien sur lequel sont inscrits les mots "TIME FOR A RETHINK" [Il est temps de réenvisager les choses]. Si vous ne saviez rien de The Economist, vous pourriez penser à première vue qu'il s'agit d'un article visant à repenser l'approche consistant à soutenir un conflit par procuration sans fin — surtout après que les premiers paragraphes reconnaissent que "le plan ne fonctionne pas" et que "l'Ukraine a libéré moins de 0,25 % du territoire que la Russie occupait en juin".

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Vous auriez tort. Ce que The Economist veut dire, c'est que nous devrions cesser de penser qu'il s'agit d'une guerre qui peut être gagnée en temps voulu, mais plutôt d'une guerre qui se poursuivra dans un avenir prévisible :
L'Ukraine et ses partisans occidentaux commencent à réaliser qu'il s'agira d'une guerre d'usure. Le président Volodymyr Zelensky s'est rendu à Washington cette semaine pour des entretiens. "Je dois être prêt pour une longue guerre", a-t-il déclaré à The Economist. Malheureusement, l'Ukraine n'est pas encore prête, pas plus que ses partenaires occidentaux. Tous deux sont encore obnubilés par la contre-offensive. Ils doivent repenser la stratégie militaire de l'Ukraine et la manière dont son économie est gérée. Au lieu de chercher à "gagner" puis à reconstruire, l'objectif devrait être de s'assurer que l'Ukraine a la capacité de mener une longue guerre — et de prospérer malgré cela.
Ainsi, les gestionnaires de l'empire occidental et les médias qui fixent l'ordre du jour font savoir aussi clairement que possible que l'empire centralisé des États-Unis se retrouve dans une nouvelle guerre sans fin, une autre "guerre d'usure" caractérisée par des destructions et des souffrances insondables sans stratégie de sortie, qui verse une fois de plus de vastes fortunes dans les coffres du complexe militaro-industriel. La seule différence est que cette fois-ci, la menace d'un anéantissement nucléaire vient s'y ajouter.

Tout cela pour quoi ? Pour faire avancer l'objectif de l'empire américain, à savoir la domination totale de la planète, un statu quo qu'il ne peut maintenir qu'en brandissant les armes de l'Armageddon contre ses ennemis avec une hostilité croissante, année après année.

En ce qui concerne la guerre en Ukraine, il est certainement temps de repenser les choses, mais pas par les mêmes monstres qui nous ont entraînés dans cette horreur au départ.

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.