
De notre correspondant à Amman
Ali Al-Kaissi. Numéro d'écrou 151716, bloc 1A, cellule 49. Sa photo, debout sur une caisse, le visage encagoulé, les bras en croix, et les mains reliées à des électrodes, est devenu le symbole de la torture à Abou Ghraib. Aujourd'hui, le seul lien entre le terrible cliché et cet homme aimable aux cheveux grisonnants, assis près du bar d'un grand hôtel d'Amman, c'est sa main gauche. Une main amputée de deux doigts lors d'un accident, avant sa détention, et qu'on devine sur la photo prise par ses geôliers.
La voix fatiguée, Ali raconte : « Mes ennuis ont commencé lorsque j'ai trouvé un terrain vague, et que j'en ai fait un espace de jeu pour les enfants. » Peu de temps après, explique-t-il, des soldats américains utilisent le terrain comme dépotoir. Les déchets de leur camp près de l'aéroport atterrissent sur le terrain de jeu. Un médecin de son district signale que des gamins se sont blessés, en essayant de trouver des objets de valeur parmi les ordures. Les responsabilités d'Ali sous l'ancien régime, (il était Mukhtar, c'est-à-dire chef de village), le désignent pour aller protester auprès de l'administration provisoire américaine.


