Traduit de l'anglais par Didier Jamet pour Ciel des Hommes

JPL_Comète ISON_passage proche de Mars
© Nasa
La comète ISON passera relativement près de Mars le 1er octobre 2013.
Partout à travers le monde, les communautés d'astronomes tant amateurs que professionnels bruissent de discussions sur l'approche de la comète ISON. Sur Mars, la NASA se tient prête elle aussi.

Fin novembre 2013, la comète ISON frôlera l'atmosphère solaire et, si elle survit à l'aventure, pourrait émerger de derrière le Soleil sous la forme d'une des plus brillantes comètes de ces dernières décennies.

Mais avant, il faut déjà qu'elle survole Mars.

« ISON rend visite à la planète rouge » confirme l'astronome Carey Lisse de l'université Johns Hopkins. « Le 1er octobre, la comète passera à moins de 11 millions de km de Mars, six fois plus proche qu'elle ne s'approchera jamais de la Terre. »

Les rovers et les satellites actuellement opérationnels sur Mars auront ainsi un point de vue sans doute privilégié sur la comète ISON. Il est cependant encore trop tôt pour dire si Curiosity sera capable de voir la comète depuis la surface martienne. Tout dépendra de son éclat à ce moment là.

Lisse pense que le meilleur candidat de la NASA pour observer ISON sera le satellite MRO. Il est équipé d'un télescope de 50 cm de diamètre, HiRISE. Des observations sont planifiées pour le 20 août, le 29 septembre, et les 1er et 2 octobre 2013.

Cependant HiRISE n'a pas été envoyé sur Mars pour faire de l'astronomie fait remarquer Alfred McEwen, le responsable scientifique du télescope : « Il a été conçu pour des prises de vue instantanées de la surface martienne. Notre temps de pose maximal est bref comparé aux détecteurs d'autres télescopes spatiaux. C'est un handicap majeur pour photographier une comète. Pour autant, je pense que nous aurons quand même la comète ISON. »

Le passage à proximité de Mars surviendra à un moment crucial du parcours de la comète ISON. Elle aura alors tout juste franchi la « limite des glaces », la sphère centrée sur le Soleil et contenant l'orbite de Mars en deçà des limites de laquelle la chaleur du Soleil est suffisante pour commencer à vaporiser l'eau gelée.

« Les produits volatils d'une comète sont constitués, entre 80 et 90%, de vapeur d'eau » rappelle Lisse. « En ce moment même, au mois d'août 2013, presque toute l'eau de la surface est encore gelée, et le dégazage que nous constatons sur ISON est uniquement le fait du dioxyde de carbone et autres constituants mineurs. Il est probable que seules quelques régions isolées du noyau de la comète soient présentement actives. »

Mais lorsque ISON franchira la limite des glaces, « tout le noyau pourrait se retrouver couvert de geysers de gaz » anticipe Lisse. « Les sondes en orbite martienne seront alors aux premières loges. »

L'importance du dégazage dans les parages de Mars fournira aux chercheurs des indices sur la taille du noyau d'ISON, qui demeurera caché au sein de l'atmosphère chargée de poussières de la comète.

« Si le noyau d'ISON est beaucoup plus gros que 500 m, il survivra sans doute à son passage près du Soleil fin novembre » parie Lisse. « Elle pourrait alors devenir une des plus belles comètes depuis longtemps. »

McEwen voit surtout dans l'épisode martien l'opportunité d'une répétition générale pour le passage d'une autre comète l'an prochain. « L'intérêt scientifique de l'observation de la comète ISON par MRO est difficile à prévoir. Nous n'avons jamais rien essayé de tel. Mais ce sera un excellent exercice pour la comète Siding Spring, qui passera encore beaucoup plus près de Mars en 2014. » Voir notre article « Alerte Rouge sur Mars ».

Pour l'instant, tout le monde a les yeux rivés sur ISON. Un nombre sans précédent de sondes spatiales de la NASA pourra l'observer. Même les astronautes à bord de l'ISS seront aux hublots.

Pendant ce temps, Lisse travaille avec la NASA pour mettre sur pied une campagne internationale d'observation de la comète. « Notre but est de faire en sorte que tous les télescopes disponibles sur Terre soient pointés sur la comète quand elle émergera de derrière le Soleil. Le passage à proximité de Mars ne sera qu'un avant-goût, nous fournissant les données nécessaires à la prévision de ce que nous pourrons voir en novembre. »