L'Amérique Latine, elle, ne retournera pas en arrière. Ce que nous vivons au Venezuela n'est que la nervosité impériale, la fébrilité des dernières cartes, le dernier sursaut du colonialisme. Un Alvaro Uribe n'est que l'avatar de son ancêtre et homologue Francisco de Paula Santander qui signa avec les États-Unis un Traité de Libre Commerce et fit tout pour torpiller les efforts de Bolivar en vue de construire "l'équilibre du monde". Le rêve d'Uribe est cruel mais vain : exporter au Venezuela le chaos qu'il a expérimenté pendant des années en Colombie - narcotrafic, destruction des services publics, contrôle social par la terreur paramilitaire (1). Selon le journaliste José Vicente Rangel 400 paramilitaires colombiens attendent le signal de l'extrême-droite vénézuélienne pour traverser la frontière et renforcer leur armée dormante en vue d'une nouvelle phase d'attentats et d'assassinats sélectifs. Mais Uribe et Washington peuvent-il encore arrêter l'Histoire alors que leur base colombienne elle-même se dérobe sous leurs pieds ? Tôt ou tard la guérilla s'y muera en force politique pour, avec le reste de la gauche, oxygéner le champ politique, comme ailleurs en Amérique Latine. D'où l'empressement de détruire le futur avant qu'il n'advienne, de revenir aux fosses communes creusées sous la lune.
Qui peut croire que le Venezuela reviendra un jour à l'apartheid d'avant Chavez ? Pourquoi 95 % des universités ont-elles poursuivi normalement leurs activités ? Pourquoi sur les 2.620.000 étudiants universitaires, seuls 3% ont-ils participé aux manifestations ? Pourquoi, comme l'a indiqué la procureure générale Luisa Ortega Diaz, sur les 197 personnes arrêtées pour meurtres ou destructions, ne compte-t-on que 14 étudiants ? Tout simplement parce que l'ensemble de la jeunesse jouit pour la première fois de la démocratisation et de la gratuité de l'université. Tous les mois, de nouvelles facultés s'ouvrent, de nouvelles carrières, de nouveaux débouchés sur fond de baisse du chômage. A ces étudiants de peau brune ou noire, hier encore exclus, rien de plus étranger que la violence ou la mort comme pratique politique. Tôt ou tard la Colombie suivra la même voie : les exclusions et les inégalités seront surmontées grâce aux urnes. Le futur n'a pas envie de se suicider.


Bref, c'est pour faire durer le plus longtemps possible le mensonge de la "rébellion étudiante contre la vie chère" que Paulo Paranagua (lui aussi fils de la bourgeoisie latino-américaine) du "Monde" et les autres adhérents du Parti de la Presse et de l'Argent sont obligés d'occulter les marches pacifiques de la majorité des étudiants pour défendre la voie électorale. (6)

(1) Des 41 victimes fatales, la majorité appartiennent au camp bolivarien, assassinées le plus souvent par des mercenaires étrangers (dont 48 ont été arrêtés), notamment colombiens. 275 fonctionnaires publics ainsi que 510 civils ont été blessés, 8 gardes nationaux et un policier assassinés. Les 15 agents des forces de l'ordre qui ont enfreint les instructions du gouvernement de ne pas user d'armes et coupables d'homicides (cas de Geraldine Moreno) ont été livrés sans délai à la justice par souci de mettre fin à toute impunité.
On mesure l'ampleur du financement de cette enième tentative de coup d'État dans la saisie de plus de deux mille armes dont des lance-roquettes, des fusils de haute précision, des grenades, du matériel de télécommunications etc.. Sa préparation remonte à plusieurs années avec les attentats à l'explosif contre des ambassades à Caracas, des réunions-formations au Mexique sous la férule de coach serbes ou l'infiltration de bases paramilitaires comme la "finca Daktari" dont l'objectif était l'assassinat de Hugo Chavez (5).
Elle fut relancée en 2013 par le candidat de la droite Henrique Capriles Radonski dès l'annonce de sa défaite aux présidentielles du 14 avril. Suivant sa consigne de descendre dans la rue pour libérer la rage, des commandos mêlant paramilitaires infiltrés et militants de son parti Primero Justicia avaient déjà assassiné une dizaine de militants bolivariens, attaqué ou incendié des permanences du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV), 25 centres de diagnostic intégral (centres de santé populaire gratuits), des médias communautaires, des centres d'approvisionnement populaire (réseau Mercal), des sièges régionaux du Conseil National Électoral, ainsi que des domiciles de fonctionnaires publics. Les leaders d'extrême-droite Leopoldo Lopez et Maria Corina Machado ont emboîté le pas à la fin de 2013 appelant, selon les mots de cette dernière à reprendre les "confrontations non-dialogantes" pour forcer la "sortie de Maduro".
(2) Sondage de la firme privée Hinterlaces, http://www.redpres.com/t10030-hinterlaces-73-de-los-vecinos-de-chacao-...
(3) http://www.avn.info.ve/contenido/unesco-reconoce-venezuela-como-quinto-país-mayor-matrícula-universitaria-del-mundo
(4) http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/07/le-venezuela-est-devenu...
(5) Lire ¨Déjà 2,5 millions de dollars investis pour assassiner le président Maduro¨, http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/08/01/deja-25-millions-de-dol...
(6) Lire "Venezuela, la jeunesse d'un changement d'époque", http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/16/venezuela-la-jeunesse-d...





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