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© Nicholas Kamm / AFP
Manifestation contre les OGM devant la Maison Blanche à Washington le 25 mai 2013
Une nouvelle génération d'organismes génétiquement modifiés (OGM) arrive aux États-Unis : des semences capables de résister à deux herbicides. L'un d'eux est le 2,4-D, un puissant défoliant utilisé pendant la guerre du Vietnam. Scientifiques et écologistes dénoncent une escalade.

C'est le dernier bijou biotechnologique de Dow Chemical : des semences capables de résister à deux herbicides. Le géant américain de l'agrochimie attend de recevoir l'autorisation pour le commercialiser. Ces cultures résisteront au glyphosate, comme plus de 80% des OGM cultivés aux États-Unis. Mais elles resteront aussi insensibles aux pulvérisations de 2,4-D. Ce puissant défoliant est connu pour entrer dans la composition de l'agent orange, rendu tristement célèbre par son utilisation pendant la guerre du Vietnam par l'armée américaine.

Le 2,4-D était tombé en disgrâce pour sa nocivité dans les années 1990. S'il revient aujourd'hui sur le devant de la scène, c'est que le glyphosate seul n'est plus efficace. Depuis une dizaine d'années, des mauvaises herbes résistantes à l'herbicide envahissent les champs des agriculteurs (voir notre article). La puissance du 2,4-D doit permettre d'en venir à bout.

500 000 protestations contre l'autorisation

Outre-Atlantique, nombreux sont ceux qui crient au scandale. Plus d'un demi-million de commentaires contre l'autorisation de ces OGM ont été postés sur le site de l'Agence de protection de l'environnement (EPA). Les opposants s'inquiètent d'une exposition accrue de la population à cet herbicide. L'utilisation de semences résistantes au 2,4-D devrait en effet faire exploser la consommation de ce produit dans les prochaines années. De 3 à 25 fois, selon les sources.

Vingt-cinq personnalités scientifiques et médicales ont écrit une lettre ouverte à l'EPA pour lui rappeler la toxicité du 2,4-D sur l'homme. Ses effets nocifs sur le système immunitaire et la fertilité sont aujourd'hui bien connus.

Cet herbicide est interdit dans de nombreux pays d'Europe du Nord et au Canada. En France, il est classé comme perturbateur endocrinien.

Une montée en puissance aux dépens d'autres solutions naturelles

Scientifiques et écologistes dénoncent également la stratégie américaine des biotechnologies. Les OGM permettent en effet à l'industrie agrochimique de vendre ses herbicides : après les OGM Roundup-Ready couplés à l'herbicide Roundup de Monsanto, ce sont ici les OGM Enlist vendus avec le 2,4-D de Dow Chemical. Si la stratégie commerciale a fait ses preuves, les résultats agronomiques ne sont pas là. L'engouement pour le glyphosate (principe actif du Roundup) a conduit au développement rapide de « super » mauvaises herbes résistantes au produit toxique, au détriment d'autres solutions comme la rotation des cultures.

« La décision de l'EPA est attendue à la fin de l'été. Nous espérons que le tollé contre l'autorisation du 2,4-D sera entendu », conclut Sara Sciammacco, de l'Environmental Working Group. D'autant que si Dow Chemical obtient la décision, d'autres industriels pourraient s'engouffrer dans cette voie. Monsanto a d'ores et déjà déposé une demande d'autorisation pour son Roundup Xtend, qui associe le glyphosate et un autre toxique puissant, le dicamba.