Traduit par Saadia Khallouki, relu par Michael pour Réseau International

© Sputnik/ Aleksey Nikolskyi
Vladimir Poutine est-il le leader russe le plus populaire de tous les temps ?

Ça en a tout l'air. D'après une récente enquête menée par le centre de recherche de l'opinion publique de la Russie, la côte de popularité de Poutine a fortement augmenté jusqu'à atteindre 86%, soit le double de celle d'Obama à la fin de son mandat en 2016. Ce qui est le plus surprenant est que la popularité de Poutine a résisté à une importante crise économique et ceci après près de deux décennies de présidence. Contrairement à la plupart des politiciens dont la durée du mandat est entre 4 à 8 ans, l'admiration du peuple pour Poutine n'a cessé d'augmenter au fil des années.

Et ce phénomène ne se limite pas seulement en Russie. D'après une récente enquête menée par Yougov, Poutine est classé troisième homme le plus admiré en Egypte, le quatrième en Chine, en Arabie Saoudite, au Maroc et également classé sixième homme le plus populaire en Allemagne, en France et en Suède. Ne parlons même pas de la Syrie où donner le nom du président russe à ses enfants est très réputé.

Poutine a aussi été nommé personnalité de l'année 2007 par le magazine Time, et resté parmi les dix premiers durant une décennie. Le seul pays où Poutine reste impopulaire sont les Etats Unis où il est inlassablement diabolisé dans les médias et surnommé voyou du KGB ou Nouvel Hitler. Selon une Etude de Gallup seulement 22% de la population a une opinion favorable de Poutine alors que 72% exprime un avis défavorable le concernant.

Sans aucun doute, les attaques personnelles menées dans les médias ont considérablement affecté sa personnalité. La question que toute personne ouverte d'esprit doit se poser est de savoir si son point de vue dépend de sa propre recherche ou si celui-ci a été influencé par un média qui dénigre les personnes opposées aux ambitions géopolitique de Washington. Le conseil que je pourrai donner à ces gens est de lire les discours de Poutine et d'en tirer leurs propres conclusions.

Les médias occidentaux affirment que Poutine est responsable d'un grand nombre de crimes notamment le meurtre de journalistes et de rivaux politiques bien connus. Mais est-ce vrai ? L'homme tellement vénéré par une bonne partie de la population russe, est-il vraiment un tueur de la mafia qui détruirait ses ennemis sans sourciller ?

Il m'est impossible de répondre à cette question, par contre en ayant suivi la carrière de Poutine et lu la plupart de ses discours depuis qu'il a remplacé Boris Yeltsin en Décembre 1999, je pourrai affirmer que ceci est très peu probable. L'explication possible est que la politique étrangère de la Russie a créé des obstacles insurmontables à Washington dans des endroits comme l'Ukraine, la Syrie et de ce fait Washington a dirigé son ministère de la propagande (AKA MEDIA) pour salir la réputation de Poutine et de le considérer comme un méchant tyran et voyou. En tout cas, c'est le comportement adopté par les médias dans le passé.

La classe politique américaine a beaucoup aimé Yeltsin, ce qui est normal puisque Yelstin était comme une marionnette qui a affaibli l'Etat et a cédé à toutes les exigences des sociétés occidentales. Ce qui n'est donc pas le cas pour Poutine, qui lui a pris de bonnes initiatives pour le pays, en nationalisant une bonne partie de l'industrie pétrolière, en affirmant son autorité face aux oligarques et en rétablissant le pouvoir du gouvernement central.

Le plus important est que Poutine a inlassablement condamné la guerre unilatérale de Washington à travers le monde, en fait le président russe est devenu le chef de facto d'un mouvement de résistance en croissance dont l'objectif principal est d'arrêter les guerres de changement de régime déstabilisatrices de Washington et de reconstruire une sécurité mondiale sur le principe fondamental de la souveraineté nationale. Voici comment Poutine l'a résumé à Valdaï :
» Nous savons exactement que la souveraineté est la principale notion de l'ensemble du système des relations internationales. Le respect et sa consolidation aideront à souscrire la paix et la stabilité à la fois aux niveaux national et international. Tout d'abord, il doit y avoir une sécurité égale et indivisible pour tous les États ». (Meeting du club discussion international de Valdaï) L'avenir en cours: façonner le monde de demain, du bureau du président de la Russie).
Il s'agit d'un thème familier avec Poutine et cela remonte à son célèbre manifeste de Munich en 2007, un discours que tout le monde avec le moindre intérêt pour les affaires étrangères devrait lire en entier. Voici un extrait:
« Nous notons un plus grand mépris pour le principe fondamental du droit international. Et les normes juridiques indépendantes sont à vrai dire de plus en plus rapprochées à un système juridique de l'Etat. Un Etat, principalement les Etats-Unis a outrepassé ses frontières nationales sur tous les plans. C'est ce qui ressort dans le domaine économique, politique, culturel et éducatif qu'il impose aux autres pays. Eh bien qui aime ça? Qui en estt satisfait ?..... »

« Je suis convaincu que nous avons atteint ce moment décisif lorsque nous devons nous concentrer sérieusement sur la sécurité mondiale. Nous devons procéder en cherchant un équilibre raisonnable entre les intérêts de tous les participants dans le dialogue international. (les guerres ne cessent pas : l'emblématique discours de Poutine à Munich en 2007, you tube) ».
Le discours de Munich a été lancé quatre ans après que Washington ait lancé une invasion sanglante d'Irak, invasion contre laquelle Poutine s'opposait profondément. Le discours prouve une maturité de la part de Poutine qui contrairement aux autres leaders mondiaux ne tire pas de conclusions précipitées. En fait, il prend son temps et analyse minutieusement une situation et ensuite, il agit en conséquence. Une fois sa décision prise, il ne revient pas dessus. Et donc il n'est pas instable.

L'opposition de Poutine à la règle unipolaire mondiale, c'est-à-dire que Washington dicte la politique et que tous les autres suivent, n'est pas un signe d'anti-américanisme, mais de pragmatisme. Les seize ans de massacres de la part de Washington en Asie Centrale, Afrique du Nord et au moyen Orient ont seulement intensifié les crises, alimenté l'instabilité, engendré le terrorisme et augmenté la mort et la destruction. Il n'y a pas eu de victoires dans la Guerre contre la terreur, juste la violence sans fin et de nombreuses tueries. En plus de cela (comme le dit Poutine) «Personne ne se sent en sécurité».

C'est la raison pour laquelle Poutine a fixé une limite en ce qui concerne la Syrie et l'Ukraine. Le Président russe à maintenant engagé des troupes et des avions militaires pour cesser le comportement agressif de Washington. Une fois de plus, non pas parce qu'il déteste les Américains ou qu'il cherche un conflit mais parce que le soutien de Washington aux extrémistes violents exige une réponse ferme. Il n'y a pas d'autres façon. Au même moment Moscou continue à chercher activement une solution pacifique pour les deux crises . Ci dessous Poutine à nouveau.
« Ce n'est qu'après avoir mis fin aux conflits armés et assurer le développement pacifique de tous les pays que nous pourrons parler du progrès économique et du règlement des problèmes sociaux, humanitaires et autres problèmes .... »

Il est tout à fait normal de fournir des conditions pour le travail créatif et la croissance économique à un rythme qui mettrait fin à la division du monde en gagnants permanents et perdants permanents. La règle du jeu est d'offrir aux pays en développement au moins une chance de rattraper les pays développés. Nous devrions travailler pour égaliser le rythme du développement économique et réhabiliter les pays et les régions arriérés afin de rendre le fruit de la croissance économique et de la progression technologique accessible à tous. En particulier, cela aiderait à mettre fin à la pauvreté, l'un des pires problèmes contemporains. «

L'autre priorité est le domaine de la santé au niveau mondial. Toutes les personnes dans le monde et non pas seulement l'élite devraient avoir droit à une vie saine, longue et fructueuse. C'est un noble objectif. En résumé, nous devrions construire les bases du futur monde d'aujourd'hui en investissant dans tous les domaines prioritaires du développement humain. (meeting du club de discussion International de Valdaï).
C'est la raison pour laquelle je pense que les rumeurs concernant le meurtre des journalistes commis par Poutine n'ont pas de sens. Il m'est impossible de croire qu'une personne qui croit au soin de santé universel, au travail créatif, et à la fin de la pauvreté et qui « s'investit dans le domaine du développement humain » voudrait finalement assassiner des rivaux politiques comme un simple gang-banger. Je trouve cela extrêmement difficile à croire.

La partie la plus intéressante du discours de Poutine à Valdaï est son analyse concernant le malaise social qui a frappé les UE et les EU entraînant donc un important rejet des candidats politiques traditionnels et de leurs parties. Poutine a observé attentivement ces développements et a réfléchi à la question. Voici ce qu'il dit :
« Avec le programme politique déjà éviscéré, et avec les élections (américaines) cessant d'être un instrument de changement mais consistant en rien d'autre que de déterrer des scandales...Et honnêtement un regard sur le programme des différents candidats donne l'impression qu'ils ont été fabriqués à partir du même moule. Il y a probablement une légère différence....

Officiellement, les pays modernes ont tous des éléments de la démocratie : les élections, la liberté d'expression, l'accès aux renseignements. Mais même dans les démocraties les plus avancés, la majorité des citoyens n'a aucune d'influence réelle sur le processus politique et sur le pouvoir.

Il semblerait que les élites ne voient pas la stratification approfondie dans la société et l'érosion de la classe moyenne...Mais la situation crée un climat d'incertitude qui a un impact direct sur le moral de la population.

Des études sociologiques menées à travers le monde prouvent que les personnes de différents pays et des différents continents ont tendance à percevoir l'avenir comme flou et triste. C'est triste. Le futur ne les tente pas mais les effraie. Par ailleurs, les personnes ne voient aucune opportunité ou moyen de changer quoi que se soit qui influencerait les évènements et l'élaboration politique.

Quant à l'affirmation selon laquelle les populistes ont vaincu la minorité sensible, sobre et responsable. Nous ne parlons pas de populistes ou de quelque chose de ce genre mais à propos de simples citoyens qui ont perdu confiance dans la classe dirigeante. C'est le problème...

Les gens détectent un écart toujours croissant entre leurs intérêts et la vision de l'élite, une vision que l'élite choisit elle-même. Le résultat est que le référendum et les élections créent de plus en plus de surprises aux autorités. Les gens ne votent pas par rapport aux conseils des médias officiels et des parties principaux. Des mouvements publics qui récemment ont été très loin se retrouvent sur le devant de la scène et écartent les poids lourds politiques.

Au début, ces résultats incommodes ont été une anomalie ou un hasard. Mais quand ils se sont développés, les gens n'ont pas hésité à dire que la société ne peut pas comprendre ceux au sommet du pouvoir et n'a pas suffisamment mûri pour évaluer le travail des autorités pour le bien de la population. Ou ils tombent dans l'hystérie et déclarent le résultat d'une propagande étrangère, habituellement russe. »(Rencontre du Club de discussion international de Valdai).
Poutine soulève des points important, résumons les :

1 / Les élections ne sont plus un instrument du changement.

2 / L'aspect démocratique existe, mais les personnes ne pourront plus modifier la politique ou le processus.

3/ L'impuissance politique a conduit à la frustration, la dépression, et à la colère. Donc des nouveaux mouvements et candidats sont apparus qui ont recours à d'autres mesures étant donné que la population n'est plus satisfaite par le travail des anciens partis.

4 / Les élites isolées sont devenues plus obtuses et insensibles à la colère bouillonnante qui se trouve juste face à une société apparemment tranquille.

5/ De plus en plus de personnes ont peur pour l'avenir. Ils voient peu d'espoir pour eux mêmes, leurs enfants et le pays. Le fossé entre les pauvres et les riches continue à alimenter la colère populiste.

6 / L'élection de Trump indique un large rejet de la classe politique du pays, ses médias, son système économique et ses principales institutions.

C'est une excellente étude venant d'un homme qui n'a pas seulement passé beaucoup de temps à réfléchir à ces choses, mais a également déterminé l'évènement particulier à partir duquel la crise actuelle a émergé ; la dissolution de l'Union Soviétique. Voici ce qu'il dit:
» L'année dernière les participants du forum de Valdaï ont discuté des problèmes de l'ordre mondial actuel. Malheureusement peu de choses ont changé au cours de ces derniers mois. En fait il serait plus honnête d'affirmer que rien n'a changé.

Les tensions engendrées par les changements dans la distribution de l'influence économique et politique continuent de croître. Essentiellement l'ensemble du projet de mondialisation est en crise aujourd'hui et en Europe et comme nous le savons bien, nous entendons des voix maintenant dire que le multiculturalisme a échoué.

Je pense que la situation est le résultat de choix erronés. A l'époque, à la fin des années 1980 et début des années 1990 il y avait une chance non seulement pour faire accélérer le processus de la mondialisation mais aussi pour lui donner une qualité différente et la rendre plus harmonieuse et durable.

Mais quelques pays qui se sont considérés comme des vainqueurs de la guerre froide ne se sont pas seulement vus comme tel mais l'ont dit ouvertement, ils ont simplement transformé l'ordre politique et économique mondial en fonction de leurs propres intérêts.

Dans leur euphorie, ils ont complétement abandonné l'idée d'un dialogue égal et substantiel avec d'autres acteurs de la vie internationale, ils ont choisi de ne pas améliorer ou créer des institutions universelles. Ils ont plutôt tenté d'amener le monde entier dans la diffusion de leurs propres organisations, des normes et des règles. Ils ont choisi la voie de la mondialisation et de la sécurité pour leurs bien aimés, pour certains mais pas tous. »( Meeting du club international de Valdaï).
Il a raison n'est-ce pas ? Le projet de la mondialisation est en crise, la raison pour laquelle il l'est, est que tous les avantages ont été accordés aux personnes qui ont élaboré la politique originale, 1 pour cent. Maintenant les personnes des EU et de l'UE sont en colère et maintenant ils prennent des mesures désespérées pour réaffirmer le contrôle du système. C'est ce dont le Brexit était question. C'est ce qui s'est passé concernant l'élection de Trump, et c'est ce que l'on rencontre entre Macron et Le Pen. Les trois sont des exemples de la fureur populiste qui vise les élites qui ont imposé leur propre système d'agrandissement sur tous les autres en précipitant le déclin constant du niveau de vie, l'insécurité économique massive et la perte de la souveraineté nationale.

C'est la première fois que la vague actuelle de bouleversement social remonte à la dissolution de l'Union Soviétique mais c'est parfaitement logique. Les élites de l'Occident ont considéré la révolution de l'URSS comme un feu vert pour poursuivre leur propre programme mondial et imposer leur modèle économique néolibéral sur le monde, un processus qui s'est considérablement accéléré après les événements du 11/09. Les attaques terroristes contre les tours jumelles sont devenues un évènement majeur qui a déclenché la réduction des libertés civiles, l'amélioration du pouvoir exécutif, et à un début de guerre mondiale de terreur. Sans contrainte de n'importe quel rival sérieux, Washington s'est senti libre d'imposer son système d'entreprise sur le monde, de redessiner la carte du Moyen Orient, d'occuper les pays d'Asie centrale, et renverser le régime laïque où que ce soit. Le triomphalisme du capitalisme occidental a été résumé à travers les mots jubilatoires du Président George H.W. Bush en 1990 avant le lancement de désert Storm ( à partir de maintenant (c'est nous qui décidons). La déclaration était une déclaration sans ambiguïté de la détermination de Washington de gouverner le monde et d'établir un nouvel ordre.

Aujourd'hui, 27 ans plus tard, les États-Unis ont été arrêtés dans leur élan en ce qui concerne la Syrie et l'Ukraine. De nouveaux centres de pouvoir économique sont en train d'apparaitre, de nouvelles alliances politiques se forment et l'autorité de Washington est ouvertement remise en cause. La tâche de Poutine est de bloquer l'évolution active de Washington, créer, et mettre fin aux interventions étrangères. Le président russe devrait prendre du recul afin d'éviter une éventuelle troisième guerre mondiale. Mais en fin de compte, tout est clair et réalisable. L'oncle Sam devrait être maitrisé, la guerre doit prendre fin, la sécurité mondiale doit être rétablie, et les gens doivent être libres de rentrer chez eux en paix.