
La France, réputée « puissance agroalimentaire de premier rang dans le monde », a donc acheté plus de produits alimentaires à ses voisins de l'UE qu'elle ne leur en a vendu en 2018. De quoi en sidérer plus d'un un. A la commission économique du Sénat, qui s'est intéressée au sujet, l'émotion est à son comble. « Au train où vont les choses, d'ici à cinq ans c'est la balance commerciale agroalimentaire avec le monde entier qui sera en négatif », s'affole Michel Raison, élu LR de la Haute Saône. Que s'est-il passé ?
Concurrence des clients historiques
Pour Vincent Chatellier, la France « paie le choix du localisme à tous les étages et de son positionnement haut de gamme » . Trois phénomènes se sont conjugués pour créer cette situation inédite. D'abord, « nos pays clients européens » ont tous développé leur production agricole, alors que leur population n'augmente plus. Plus grave, ils se sont trouvé des fournisseurs moins chers que la France, au rang desquels « la Pologne, qui nous a pris beaucoup de parts de marché », commente Vincent Chatellier. Un grand pays, déterminé à combler son retard et dont les ambitions agricoles s'envolent.
La France a choisi un positionnement qui s'avère lourd en termes de coûts de production, et dont le boeuf est une bonne illustration. « Nous avons une viande de grande qualité, issue de races à viande, mais nous avons du mal à la vendre parce qu'elle coûte plus cher que la viande des vaches laitières allemandes, néerlandaises ou polonaises ». Bien que clients historiques de la France, des pays en crise comme l'Italie ou la Grèce lorgnent désormais les prix avant la qualité. L'Italie reste le premier marché pour les bovins vivants français, mais « ce commerce crée peu de valeur », souligne Vincent Chatellier. L'Hexagone exporte 900.000 animaux vivants par an pour 1,3 milliard d'euros, une somme inchangée depuis quinze ans. Les Italiens, qui les abattent et les transforment, font les marges.
Commentaire : Le choix de faire de la qualité ne veut pas dire pour autant que c'est un mauvais choix. La santé de la population dépend en grande partie de la nourriture consommée.
Seules les boissons n'ont pas reculé
En 2018, hormis les boissons (avec et sans alcool), la plupart des grands postes vu leur solde se dégrader : les céréales, les produits laitiers, les bovins vivants, le sucre... Et la France réalise la moitié (47 %) de ses exportations alimentaires sur seulement cinq pays, ce qui la met dans une situation de grande fragilité. Dans l'ordre : la Belgique, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Italie et l'Espagne. « La Belgique nous achète beaucoup de céréales mais elle nous les renvoie en bonne partie après les avoir transformées ».
L'Allemagne, qui a augmenté sa production de lait et de fromages, a réduit ses importations de France. Le marché britannique, lui, est condamné à perdre de son intérêt après le Brexit. Le Royaume-Uni, très déficitaire en produits agroalimentaires, achètera encore européen mais vraisemblablement moins, en raison des taxes qui s'imposeront alors. En Italie, le pouvoir d'achat a baissé. Quant à l'Espagne, elle a beaucoup amélioré ses vins, a doublé la France en viande porcine et elle exporte ses fruits et légumes en France.




Commentaires des Lecteurs
Lettre d'Information