Un stock de masques fourni dans le cadre d'un plan datant de 2002 dormirait dans des bâtiments scolaires de la ville...

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© illustration L.M.
Avec 470 écoles à Marseille, le stock inutilisé laisse rêveur à l'heure où ces masques se font rares...
Elles voulaient en avoir le cœur net. Alors, en milieu de semaine dernière, des employées municipales réquisitionnées dans l'une des dizaines d'écoles marseillaises ouvertes - charge à elle d'assurer la garde d'enfants du personnel de santé et de sécurité - ont déballé une des cinq mallettes consciencieusement mises à l'abri dans cet établissement des quartiers Nord. Théoriquement, toutes sont censées contenir le nécessaire de survie dans le cas où le Plan particulier de mise en sûreté (PPMS) devait être déclenché en urgence. Mis en place en 2002, ce dispositif orchestré par les directeurs d'école vise à protéger écoliers, enseignants et personnel en cas de catastrophe naturelle ou d'intrusion terroriste...

En ouvrant l'une de ces mallettes, les agents de la Ville auront, en tout cas, été rassurées sur un point. "Oui, il y a tout ce qu'il faut. Des blouses, des gants, du gel hydroalcoolique...Mais aussi, quarante masques protégeant les voix respiratoires, vingt pour enfants, vingt pour adultes", détaille une "tata", qui, elle, travaille le visage à découvert. "Rien que dans cette petite école, il y a cinq mallettes conservées en l'état dans des pièces qui serviraient à nous confiner en cas de danger... Imaginez ce que ça représente en termes de quantité de masques à l'échelle de la ville...", s'interroge-t-elle à haute voix.

Sur le papier, le calcul est vite fait : avec 470 écoles à Marseille, le stock inutilisé laisse rêveur à l'heure où ces masques sont devenus une matière rare et précieuse. "Nous ne disposons pas de ce matériel alors que nous sommes exposés, et il dort dans des bâtiments municipaux en ne servant à personne, souffle un agent. La Ville nous a annoncé que des masques allaient être livrés mais à cette heure, en réalité, une grande partie du personnel n'en dispose pas. On nous a déjà parlé d'une collègue contaminée, grince-t-elle. Et de tonner : Franchement, le risque terroriste est un peu loin de nous en ce moment. Contre le coronavirus, soit on est dans une guerre soit on ne l'est pas. Si c'est le cas il ne faut pas hésiter à se servir de ce qu'on a sous la main ; il sera temps de reconstituer des réserves plus tard."

"Des locaux non nettoyés et non désinfectés à la suite des élections municipales"

Un constat qui, au niveau de l'urgence, rejoint celui de Franck Nef, secrétaire départemental syndicat enseignants du primaire FO. "Depuis le 16 mars, les enseignants ont dû accueillir des enfants dans des locaux non nettoyés et non désinfectés à la suite des élections municipales du 15 mars. Les enseignants présents sont sans matériel de protection, sans gel hydroalcoolique, sans masque, au mépris de leur protection et de celle des élèves accueillis. Dans certaines écoles où le personnel municipal est absent, ils doivent assumer l'intendance du repas du midi et de la garderie du soir", a-t-il récemment dénoncé dans un communiqué.

Les réserves accumulées grâce au PPMS pourraient-elles être une alternative ? "On peut toujours faire un inventaire, tempère-t-il, mais à ce que je sais, c'est très disparate selon les établissements. Et la plupart sont fermés, et il n'y a pas de possibilité de retourner faire des fouilles". Face à ce qu'ils considèrent comme un "gâchis", plusieurs agents municipaux ont toutefois alerté les services de la Ville pour demander qu'une évaluation école par école soit effectuée. La réponse ? "On a d'abord eu l'impression qu'ils n'étaient même pas au courant de l'existence de ces stocks, glisse une agent territorial. Ensuite, ils nous ont simplement répondu de faire un point pour savoir s'il n'y a pas eu de vols..." Contactée, la Ville rappelle au préalable répondre à ses "obligations" de disposer de ces mallettes de secours dans les écoles "en cas d'incendie, de tremblements de terre ou à proximité des sites Seveso". "Ce sont en grande majorité des masques de taille enfant, assure la municipalité. Nous avons par ailleurs remis 5 000 modèles au service du professeur Raoult... Concernant les agents municipaux, une commande a été passée et ils doivent tous bénéficier des protections adéquates."

De son côté, le rectorat d'Aix-Marseille indique avoir "donné pour consignes à tous les établissements, écoles, collèges, lycées de mettre leurs stocks disponibles à disposition des personnels de soin". "Certains ont fait des gros dons en livrant des cartons qui étaient entassés dans leurs murs, poursuit l'institution, mais je ne suis pas sûr qu'on soit allé chercher dans ces mallettes ni qu'on sache exactement ce qu'elles contenaient..."