L'interview de Didier Raoult par David Pujadas le 27 octobre 2020 à Marseille est assez décousue et difficile à suivre, l'un ayant visiblement pour seul but de faire rendre gorge à l'autre en essayant de lui faire avouer qu'il avait fait de fausses prédictions.
Raoult, Pujadas, novembre 2020, interview

Le Pr Didier Raoult et le journaliste David Pujadas.
Mais au milieu des passes d'armes, des informations importantes ont quand même pu être sorties par l'infectiologue. Les voici :

1/ Le variant du coronavirus qui a produit en France l'épidémie de mars-avril-mai (première vague) a disparu
[...] le variant qui existait en mars-avril-mai a disparu.

2/
L'arrivée en juillet/août d'un nouveau variant

Ce variant Marseille 1, est arrivé par bateau mais s'est rapidement éteint sans que l'on sache trop pourquoi. Il n'était pas dangereux et ne donnait pas de troubles de la coagulation.
[...] ce qu'on appelle le variant Marseille 1, elle (l'infection) a fait une courbe en cloche, elle était de manière incroyablement moins dangereuse que tout ce que nous avions vu, et y compris ici un professeur d'hématologie qui surveille, parce que ça donne des troubles de la coagulation, en disant : « dans cette épidémie-là je ne sers à rien. Il n'y a aucun trouble ».
[...] clairement en juillet-août il s'est passé quelque chose de radicalement différent de ce que nous avions qui étaient incroyablement moins sévère, d'accord, ça n'est plus le cas maintenant, si vous voulez savoir, nous avons un autre variant, ce variant me paraît lui venir d'Europe du nord et d'Angleterre, il l'est probablement ; le premier est arrivé par bateau du Maghreb, le variant 1, le variant en juillet-août, et on sait maintenant, parce que comme on est les seuls dans ce pays à faire des génomes de manière régulière, on sait que c'est les mêmes que les génomes qui circulent en Afrique actuellement parce qu'on a des correspondants en Afrique.
Donc il y a un génome africain qui est arrivé en juillet, on sait par où il est arrivé, on sait quand il est arrivé, il est arrivé sur un bateau, on connait la ligne sur laquelle il est arrivé, on sait qu'il y a eu une épidémie sur ce bateau parmi les marins, on les a testés, on sait quel est leur génome et donc on sait exactement ce qui c'est passé en juillet-août et il s'est éteint comme le premier s'est éteint pour des raisons qu'on ne comprend pas.

3/
L'actuelle deuxième vague n'est pas due au même virus que la première

C'est le variant 4. Il vient d'Europe du Nord et Didier Raoult explique que l'on n'avait jamais constaté d'apparition rapide de nouveaux variants sur les coronavirus. C'est habituel chez les rhinovirus mais pas dans la famille des coronavirus, c'est nouveau. Une analogie peut être faite avec la grippe. C'est comme si le virus de la grippe avait muté rapidement au lieu de le faire seulement l'année suivante.
[...] clairement en juillet-août il s'est passé quelque chose de radicalement différent de ce que nous avions qui était incroyablement moins sévère, d'accord, ça n'est plus le cas maintenant [...]
[...] puis il en est apparue d'autres y compris un qui est qui fait 75 % des cas que nous avons à Marseille actuellement qu'on appelle le variant 4 et ce variant 4 vient d'Europe du Nord et on pense qu'il est venu au moment de la grande saison touristique de Marseille.
[...] je vois bien que ce que nous avons maintenant, ce qu'on a appelé le variant 4 vient d'Europe du Nord.
[...] regardez, y compris d'ailleurs ce que nous avons actuellement, attendez il n'y a pas d'explosion exponentielle, il y a une augmentation exponentielle des cas mais y compris dans cette situation, il n'y a pas une explosion exponentielle des hospitalisations en réa ni à l'hôpital, ce n'est pas vrai.
[...] on les examine et on détecte les gens qui ont éventuellement un risque en dehors de ce que l'on sait, c'est à dire les sujets âgés, d'évoluer vers des formes graves, parce qu'il existe quelques formes graves chez les sujets plus jeunes.
Les coronavirus ont une spécificité que l'on voit dans un autre groupe de virus qui s'appelle les rhinovirus et ils ont une spécificité qui n'avait pas été observée au cours, au détour d'une épidémie, qui est particulière, c'est les capacités de recombinaison. C'est-à-dire que les coronavirus se recombinent avec les virus, les autres coronavirus, et nous on suspecte qu'en plus il se recombinent avec les rhinovirus qui sont des virus extrêmement communs et qui vivent dans le même endroit ; c'est-à-dire, c'est des virus qui se mêlent l'un à l'autre et qui donnent des variants. Ces variants je vous le dis, personne n'avait décrit des choses comme ça à ma connaissance.

Nous avons des gens qui ont fait une infection, et d'ailleurs si les gens pensaient que c'était possible ils ne feraient pas des vaccins, nous avons des gens qui ont fait une infection en mai, et qui ont fait une infection en août avec un autre variant qui n'a rien à voir et qui entre les deux avaient une immunité, des anticorps. Donc c'est quelque chose que l'on ne connaissait pas. Les gens ne faisaient pas, si vous voulez le principe même du vaccin, c'est compliqué pour vous, mais le principe même du vaccin c'est que quand vous êtes immunisés vous ne refaites pas la même maladie.

Donc là nous sommes dans quelque chose, on pense qu'il y en a un qui est extrêmement propre, clair, auquel on le génome à la fin. On a vérifié avec nos amis généticiens qu'on ne s'était pas trompé de tube, que c'était bien même personne. Et on a regardé, il a fait une maladie avec le variant qui venait de Chine, il a fait des anticorps puis guérit, il a fait des anticorps ; il a refait une infection trois mois plus tard et c'est un autre virus, un autre variant, auquel il était sensible alors qu'il avait des anticorps contre le premier variant. Et donc ça moi je ne pouvais pas le dire, ni personne, ça n'était pas décrit à ma connaissance, ça n'existait pas. Vous ne faites pas deux fois une grippe A ni deux fois une grippe B ni deux fois un VRS dans l'année. Ça n'existe pas.
Il y a une chose, c'est que je peux vous dire une chose, c'est que ce que je n'avais jamais vu et que donc je ne prédisais pas, je ne prédis rien mais j'ai dû dire à un moment « ça me paraît hautement improbable », c'est qu'une population qui avait vu passer une épidémie puisse faire dans les trois mois qui suit une autre épidémie, c'est quelque chose que je ne prédisais pas, qui n'a jamais été vu dans les infections virales respiratoires, qui est quelque chose de nouveau. Et qui est expliqué de mon point de vue par le fait qu'il y ait des variants qui sont résistants à l'immunité acquise par le premier variant. Donc ça, c'est quelque chose que je n'ai jamais vu, je ne savais pas que ça pouvait exister. C'est un modèle qu'on ne connaît pas, moi je ne le connais pas, encore une fois je le dis, on vient de publier sur quelques années 12 000 tests positifs avec tous les virus respiratoires. On le voit, toutes les courbes sont en cloche, comme ça, et puis voilà, en cloche. Il y en a une qui est différente, c'est celle des rhinovirus qui est toute l'année comme ça (en ondulation). Je ne savais pas et personne n'avait vu d'épidémie d'une infection respiratoire qui se déroule de cette manière-là. Donc très bien, maintenant je sais que ce modèle existe, c'est bien, voilà je ne savais pas que ce modèle existait mais personne ne le savait de mon point de vue. »
Dès lors peut-on en conclure que les personnes qui savaient que cette deuxième vague allait arriver ont d'autres connaissances sur les capacités de ce virus ou bien des informations sur la diffusion des autres variants ?

Jean-François Delfraissy parle déjà d'une troisième vague :


4/ Le nombre de décès n'est pas le meilleur indicateur, il peut être biaisé, il faut regarder celui de l'espérance de vie

Sur le nombre de personnes en réanimation et la saturation des services, le chiffre qui n'est jamais donné c'est l'âge moyen des personnes en réanimation. Didier Raoult explique que jusqu'en l'an 2000 on ne prenait pas les personnes âgées de plus de 70 ans en réanimation. Aujourd'hui les personnes qui décèdent sont principalement des gens qui n'avaient qu'une espérance de vie d'un ou deux ans, au plus. C'est cet indicateur qu'il faut réellement regarder : l'espérance de vie et cet indicateur ne change pas.
[...] et donc globalement, parmi les gens qui avaient moins de 80 ans, plus de la moitié avaient moins d'un an d'espérance de vie, c'est ça ce qui se passe. Donc actuellement on est en train de mettre le feu à la planète avec une chose qui est que des gens qui avaient une espérance de vie qui était entre un et deux ans meurent ou mourrons un ou deux ans plus tôt.
[...] c'est pareil partout en Europe, honnêtement on sait que la moitié des morts ont déjà plus de 85 ans. Dans ceux qui restent en dessous de ça, donc en dessous de ceux de 80 ans, il y en a la moitié, dans ce que nous avons regardé ici, dans notre échantillon, qui sont des gens qui avaient des cancers pour un tiers, des gens qui étaient, qui avaient des pathologies associées très évoluées et que donc il existe bien sûr des gens, probablement pour des anomalies génétiques, pour l'une d'entre elles on l'a identifiée avec Casanovas et qui prédispose à les formes graves qui sont rares, mais globalement les gens qui sont décédés que nous avons pu observer ici comme partout ailleurs, sont des gens qui avaient une espérance de vie extrêmement faible.
On a un problème ici, c'est que les réanimations ont des difficultés à accepter les gens de plus de 80 ans. Et donc on a des gens qui ont besoin de passer un cap et qui ne peuvent pas le passer parce que les réanimations ne les prennent pas. Depuis peu on a demandé, et après beaucoup d'insistance commencé à avoir des équipements d'hyper oxygénation qui leur permettent de passer le cap et avec ça on en sauve 20 %. Donc il y a 20 % de moins de morts que ce que l'on avait il y a un mois. C'est des dispositifs qu'on n'avait pas, que maintenant on a, qui étaient avant réservés aux réas et qu'on a fait installer ici et avec ça on a sauvé 20 % de gens qui étaient condamnés après avis par la réa.
L'espérance de vie ce n'est pas exactement la même quand on a 20 ans et quand on a 85 ans.
Il y a une vraie question, c'est : écoutez, voilà, quelle est la population, qu'est-ce que ça va, qu'est-ce que ce phénomène va changer dans l'espérance de vie à côté du fait que vous allez vous repaître de chiffres, en disant 100 000, 10 000 ? Attendez, regardons ce qu'est le changement de l'espérance de vie. Pour l'instant ce que l'INED a fait jusqu'à présent ne montre pas de différences spectaculaires de l'espérance de vie, c'est professionnel, vous pouvez aller consulter aussi, c'est l'Institut National pour la Démographie. Eux ils comptent pas les morts, ils comptent la baisse, la perte d'espérance de vie.
Il y a quelque chose que personne ne voit, ça c'est pas des prédictions, c'est de la pratique, personne n'a réalisé que la réanimation il y a 20 ans ne prenait pas les gens de plus de 70 ans. Maintenant on prend des gens jusqu'à 80 ans. C'est une population qui augmente qui reste plus longtemps en réanimation, on a plus besoin de réanimation. »

5/ Le système de santé en France est délabré


Pour le coup ce n'est pas une révélation mais Didier Raoult est particulièrement sévère.
Si vous regardez ça, vous regardez, il s'est passé quelque chose en France de terrible. D'accord ? Terrible. La France a décidé dans les années 70 de ne plus faire de médecin. Il n'y a plus de médecins dans ce pays. C'est un problème, dans les pays de l'OCDE, on est loin derrière la médiane des pays de l'OCDE. On a pas de médecins et on a les médecins les plus vieux d'Europe. Le nombre de médecins de plus de 55 ans dans ce pays est terrible. On n'a pas de médecin, on n'a pas spécialistes, d'accord. Et on a une réglementation sur l'activité médicale, qui est européenne, qui n'est pas du tout adaptée à ce que l'on fait et qui est d'une restriction d'activité qui est considérable, en particulier pour les anesthésistes-réanimateurs. Donc nous ne sommes pas, nous n'avons pas, ni suffisamment de médecins ni suffisamment d'infirmières et ça il suffit de travailler à peu près dix minutes pour le savoir, d'accord, donc il y a un vrai problème.

6/ Avec le recul, les seules mesures qui semblent vraiment faire la différence sont la fermeture des frontières et la précocité des tests
Autant je ne suis pas sûr que le confinement avait une efficacité, autant je pense que la fermeture des frontières en avait une. Et c'est ce que les Chinois ont fait, c'est ce que les Italiens ont fait pour bloquer dans le sud et que donc il s'est passé qu'en France on a eu un afflux de gens qui arrivaient avec des variants qui étaient nouveaux et ces variants nouveaux se sont implantés, c'est ce que je crois. Ça ne s'est pas passé en Chine parce que le flux d'étrangers qui sont arrivés en Chine par rapport à la population n'a rien à voir.
La seule corrélation qui a été tentée c'est une étude qui est faite par celui qui regroupe toutes les données qui viennent de France et qui regarde ce que fait le CDC qui dans cette occasion est pas mauvais, c'est Jarlier à Paris qui regardent et qui dit « pour l'instant la seule corrélation qu'on ait entre toutes les mesures sociales que l'on ait et la mortalité, c'est la précocité de la mise en place des tests, c'est la seule ». Ni le confinement ni, pour l'instant, il n'y a rien dont on puisse dire quand on compare la mortalité pays par pays que c'est corrélé avec une baisse de la mortalité par million d'habitants.

7/ Les médecins sont incités à utiliser le Remdésivir de la société Gilead malgré sa toxicité
Didier Raoult : La crise de nerfs de la civilisation occidentale elle tient sur l'hydroxychloroquine mais elle tient aussi pour d'autres raisons sur le Remdésivire. Donc depuis le début on veut nous faire bouffer du Remdésivir, on sait depuis le début que ça ne marche pas.

David Pujadas : Est-ce que vous m'avez jamais entendu dire mais que ça marchait ?

DR : Mais justement pourquoi vous expliquez pas que ce truc qui ne marche pas, qu'ils font ça, c'est toxique on le sait depuis le truc Ebola, ça fout des insuffisances rénales.

DP : Est-ce que la France recommande le Remdésivir ?

DR : Oui oui oui oui je peux vous dire, moi j'ai reçu un truc...

DP : Il n'y a pas de recommandations de l'agence du médicament pour le Remdésivir.

DR : Attendez parlons chacun des choses qu'on connaît. Moi je reçois de la publicité de Gilead, j'ai reçu ça la semaine dernière disant : écoutez l'Europe en acheté pour un milliard donc vous pouvez en commander, c'est gratuit, et j'ai reçu un mot de la direction générale de la santé qui nous disait « Écoutez, si vous voulez du Remdésivir, c'est gratuit vous n'avez qu'à le commander ». La France ! C'est pas la France le directeur de la santé ?

DP : M'enfin il n'y a pas de recommandations officielles de « le Remdésivir aide à soigner ».

DR : Vous êtes d'une bonne foi ! Vous savez que le Remdésivire lui a le RTU (autorisation temporaire d'usage) que n'a pas eu l'hydroxychloroquine ? Vous le savez ça ?
Raoult de réexpliquer que l'industrie pharmaceutique se retrouve confrontée au fait qu'il n'y a plus de réelles innovations, hors c'est ce qui lui permet de gagner de l'argent a contrario des anciennes molécules. Dès lors, elle s'évertue à faire passer pour innovation ce qui ne l'est pas.


8/ Le mot de la fin
(7"45') Didier Raoult : Je ne suis pas de votre nature, je suis d'une autre nature, moi je ne veux pas faire peur aux gens, je ne manie pas la peur pour effrayer les gens. Et je pense, je vous le dis, je pense que ce pays vit une erreur dramatique qui est la dramatisation perpétuelle pour quelque chose dont à la fin qu'est-ce qu'on va suggérer ? Que tout le monde reste enfermé toute sa vie parce qu'il y a des virus dehors ? Mais vous êtes tous fous ! Vous êtes devenus tous cinglés !

David Pujadas : On va y venir.