Nom : Hemeroplanes triptolemus
Localisation : Amérique centrale notamment au Costa Rica, au Belize et au Mexique
Signe particulier : sa chenille est capable de modifier son apparence pour ressembler à un serpent

chenille serpent
Les lépidoptères ont probablement l'un des cycles biologiques les plus fascinants du règne animal. Au cours de leur vie, ces insectes connaissent en effet quatre stades de développement durant lesquels ils changent radicalement d'apparence. Une fois sortis de l'oeuf, ils passent de chenille à chysalide avant d'atteindre l'étape finale de papillon.

C'est au stade larvaire, autrement dit de chenille, qu'une grande partie de la croissance intervient. A condition que les lépidoptères y survivent. Car si elles sont capables de se déplacer, les chenilles sont des spécimens relativement vulnérables face aux prédateurs en quête d'un casse-croûte.

Pour augmenter leurs chances de survie, les espèces ont développé divers moyens de se défendre. Certaines larves se camouflent pour passer inaperçues. D'autres arborent des poils urticants voire des épines. D'autres encore préfèrent se faire passer pour des animaux bien plus dangereux qu'elles.

Chenille ou serpent ?

Hemeroplanes triptolemus en est un remarquable exemple. Ce lépidoptère originaire d'Amérique centrale et présent notamment au Costa Rica, appartient à la famille des Sphingidae. A l'âge adulte, le papillon arbore un buste et des ailes aux teintes brunâtres et d'un aspect duveteux.

Hemeroplanes
© Didier Descouens/CC BY-SA 4.0
L'espèce Hemeroplanes triptolemus au stade de papillon. Ici, un mâle.
Mais c'est au stade larvaire que l'espèce est la plus étonnante. La chenille présente un corps jaune-vert sur la face postérieure et brun sur la face antérieure. Un mélange de couleurs qui lui permet parfaitement de se fondre au milieu de la végétation tropicale. Sauf que face à d'éventuels dangers, elle ne se contente pas de cette simple supercherie.

Quand elle se sent menacée, la chenille rétracte ses pattes et étire les segments antérieurs de son corps. Elle se change alors en une bluffante imitation : celle d'un serpent pas très content d'être dérangé. Et la larve a visiblement pensé à tout. Elle arbore même des taches sombres qui ressemblent à s'y méprendre aux yeux du serpent.


Décourager les prédateurs


Les chenilles possèdent de nombreux prédateurs mais les oiseaux figurent parmi les principaux. Avec son déguisement perfectionné de serpent, la larve de H. triptolemus entend ainsi décourager ces derniers en leur faisant croire à la présence de l'un de leurs propres prédateurs.

Comme l'a souligné une étude publiée en 2010, ces imitations notamment les "faux-yeux" sont une stratégie employée par des centaines d'espèces tropicales de chenilles. Et si le déguisement n'est pas toujours parfait et ne fonctionne pas à tous les coups sur les oiseaux les plus malins, elle a tout de même largement fait ses preuves.

H. triptolemus en tout cas s'y accroche. Le spécimen maintient généralement sa position jusqu'à ce que la menace disparaisse. Dans certains cas, elle peut même faire mine d'attaquer comme un serpent. Quelques personnes ont eu la chance de croiser l'animal, de contempler son déguisement et de l'immortaliser en photos et vidéos.

Mais observer la chenille n'est pas si fréquent. Le papillon sphinx vit pendant quelques dizaines de jours - entre 10 et 30 généralement - et la phase de mue durant laquelle la larve peut se changer en serpent est très courte. Autant dire qu'il faut tomber au bon endroit au bon moment.

En quelques secondes, néanmoins, H. triptolemus parvient à illustrer toute l'ingéniosité dont est capable la Nature.