the enigma diamant noir
© Giuseppe Cacace / AFP
Cette chose vient de loin. De très loin.
Un carbonado légendaire va être mis aux enchères chez Sotheby's et les offres en ligne devraient atteindre plusieurs millions d'euros. On a de bonnes raisons de penser depuis plus d'une décennie que ce genre de diamant n'est pas né dans le manteau de la Terre, à des pressions et températures modérées, mais dans un environnement bien plus exotique.

Si vous disposez de plusieurs centaines de millions d'euros en Bitcoin ou Ethereum et que l'espace vous fascine, alors une prochaine mise aux enchères en ligne de Sotheby's à Dubaï est probablement faite pour vous, à partir du 3 février. La célèbre multinationale américaine d'origine britannique de vente aux enchères d'œuvres d'art et d'objets de collection, basée à New York, va en effet proposer un carbonado et pas n'importe lequel puisqu'il s'agit de « The Enigma ».


Carbonados quèsaco ? Comme Futura l'avait expliqué depuis presque 15 ans dans le précédent article ci-dessous, il s'agit de diamants noirs intrigants que l'on ne retrouve que dans certaines régions sur Terre et qui, pour le moins, ne semblent pas avoir la même origine que les diamants communs que l'on trouve associés aux célèbres laves appelées kimberlites.

« The Enigma » en est un exemple spectaculaire au point d'avoir été inscrit dans le Livre Guinness des records comme le plus grand diamant taillé au monde. Il possède en effet 55 facettes et pèse 555,5 carats.

On pourra l'acheter aussi avec des moyens plus classiques que des cryptomonnaies ; en attendant, il est exposé à Dubaï jusqu'au 20 janvier avant de faire un tour à Los Angeles puis à Londres.


Une présentation de « The Enigma ». © Sotheby's

Plusieurs théories ont été proposées pour expliquer l'origine des carbonados, comme l'explique la vidéo ci-dessous mais depuis plus d'une décennie, il semble clair qu'il faille admettre qu'ils ont une origine interstellaire et qu'ils sont plus anciens que la Terre et le Soleil eux-mêmes.

Une forge interstellaire ?

En effet, la combinaison de la composition des carbonados et les connaissances en ce qui concerne les processus thermochimiques capables de les produire laissent fortement penser qu'il a fallu que de la matière carbonée dans un nuage moléculaire et poussiéreux interstellaire soit comprimée et chauffée par l'onde de choc de l'explosion d'une supernova.

Les carbonados se seraient ensuite retrouvés incorporés dans la matière des plus anciennes météorites formées dans le disque protoplanétaire du Système solaire. Il est intéressant à cet égard de se souvenir que l'on a des raisons de penser que l'effondrement du nuage à l'origine de ce disque et du jeune Soleil a précisément été causé par un Little Bang de ce genre.

Une vidéo sur les carbonados. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © SciShow
Diamant noir : une origine extraterrestre

Article de Laurent Sacco publié le 30/01/2007

Une des plus fascinantes énigmes, à la frontière de la géologie et de l'astrophysique, vient peut être de trouver sa solution. Les diamants noirs sont bien d'origine extraterrestre d'après un groupe de chercheurs aux Etats Unis.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, il existe bel et bien une variété de diamants noirs que l'on trouve uniquement au Brésil et en République Centre Afriquaine dans des formations géologiques particulières. Appelés aussi « Carbonado » depuis le milieu du 18e siècle, d'après une expression portugaise signifiant « brûlé, carbonisé », ils portent bien leur nom car leur apparence est celle d'un morceau de charbon de bois variant du gris au noir, avec parfois des porosités.

Ils ne sont pas simplement caractérisés par leur couleur et leur localisation géographique, ils représentent aussi une anomalie pour les minéralogistes. Partout sur la planète, les diamants sont normalement associés à des roches volcaniques, appelées kimberlites, générées par des éruptions violentes ramenant les diamants de zones dont la profondeur dépasse les 150 km à l'intérieur de la Terre. Il faut savoir, en effet, qu'il faut des pressions et des températures importantes pour provoquer la génération de diamants à partir du carbone.

diamant noir
© Wikipédia, James St. John, CC BY 2.0
Échantillons de carbonado collectés entre Bangui et Berbérati (République centrafricaine).
Or, pas un seul diamant noir n'a jamais été trouvé dans une kimberlite ! Les choses ont empiré quand on s'est aperçu que, d'une part, ils ne constituaient pas un seul cristal mais une association de cristaux et que, d'autre part, les mesures isotopiques du rapport carbone 12 sur carbone 13 ne correspondaient pas à celles associées aux autres diamants !

En 1985, Joseph Smith de l'Université de Chicago et J. Barry Dawson de l'Université de Sheffield en Angleterre ont alors proposé qu'ils résultaient de l'impact de météorites géantes à l'ère précambrienne. Les formations géologiques où l'on peut trouver la source des diamants noirs datent, en effet, de plus de deux milliards d'années, peut-être même quatre d'après certaines datations récentes, justement lorsque le bombardement météoritique était intense. Toutefois, à chaque fois, aucun cratère d'impact n'a pu être trouvé.

Au milieu des années 90, Stephen Haggerty, que l'on va bientôt retrouver, entre alors en scène. Il propose tout simplement que les diamants noirs ne résultent pas d'un impact météoritique, mais se forment directement dans les nuages interstellaires, riches en carbone et hydrogène, sous l'action des terribles ondes de choc des supernovae. Les fortes pressions et températures seraient alors suffisantes pour créer de véritables agrégats de diamants noirs, de la taille d'un astéroïde, qui seront ultérieurement fragmentés et tomberont sur la Terre primitive.

Comment rendre plus crédibles ces hypothèses ? Tout simplement en mesurant la présence d'atomes d'hydrogène et d'azote et c'est ce que Stephen Haggerty et Jozsef Garai de la Florida International University viennent de faire avec leurs collègues Sandeep Rekhi et Mark Chance de la Case Western Reserve University. Dans un article publié dans Astrophysical Journal Letters, ils relatent les divers résultats de leur mesures effectuées en infra-rouge à l'aide du Synchrotron du Brookhaven National Laboratory.

Les « Carbonado » partagent maintenant nombre de similitudes avec les micro-diamants déjà isolés dans les météorites, ce sont bien des diamants extraterrestres !