Comme on pouvait malheureusement s'y attendre, la situation s'est dégradée hier dans la baie de Plenty (Nouvelle-Zélande), qui abrite un écosystème particulièrement riche et où dans des circonstances qui restent à déterminer le porte-containers battant pavillon libérien Rena s'est échoué mercredi dernier. La tempête et des vents particulièrement violents ont en effet entraîné le déplacement du navire et une interruption temporaire des opérations de secours.

Si l'équipage philippin a pu être évacué, le niveau d'eau a augmenté dans les cales avant, tandis que la proue a essuyé des dommages supplémentaires et surtout qu'une des quatre cuves s'est rompue, « déversant en mer des centaines de tonnes de pétrole » (de cent-trente à trois cent-cinquante selon les estimations), rapportent nos confrères du Figaro. « En vingt-quatre heures, les quantités relâchées ont au moins été multipliées par cinq », a indiqué le ministre de l'Environnement Nick Smith, dont la prophétie selon laquelle il pourrait s'agir de la plus grave marée noire de l'histoire du pays risque fort de se réaliser.

M. Smith a par ailleurs demandé aux habitants de s'abstenir de se rendre sur les plages, pour certaines investies par des boulettes de fioul de la taille de la paume d'une main, et de ne pas consommer de fruits de mer. Dans le même temps, des particuliers se sont retroussés les manches pour nettoyer les plages. Ils ne devraient pas s'ennuyer dans les jours qui viennent, le coque du Rena n'ayant jamais été aussi près de se briser et de libérer les mille trois cent-cinquante à mille cinq cent soixante-dix tonnes de fioul lourd encore prisonnières du bateau.

Engagées dans une terrible course contre la montre, les autorités néo-zélandaises ont mis à contribution une cinquantaine d'experts du monde entier et dépêché quatre navires sur place, tandis qu'un bâtiment équipé d'une grue est parti d'Australie pour délester le cargo de ses deux mille cent soixante-dix containers, dont vingt-deux - et non plus douze comme annoncé initialement - renferment des produits dangereux comme du ferrosilicium. Il s'agira ensuite pour l'armateur Daina Shipping (filiale de l'entreprise grecque Costamare Inc.) de le renflouer.

Alors que le Premier ministre néo-zélandais John Key a annoncé l'ouverture d'une enquête pour établir les causes de l'avarie, survenue par temps calme et sur un récif a priori répertorié sur la grande majorité des cartes, le syndicat des marins néo-zélandais a émis l'hypothèse que l'équipage du Rena ne disposait précisément pas des cartes adéquates. Le ministre des Transports néo-zélandais Steven Joyce a quant à lui évoqué des manquements à la sécurité qui auraient été pointés lors d'inspections réalisées sur le cargo en Chine et en Australie.

Qu'un « navire-poubelle » ait pu circuler dans une zone abritant une biodiversité inestimable ne ferait assurément qu'ajouter au courroux des autorités...