Aider les élèves à trouver leur voie coûterait bien trop cher, mieux vaut fabriquer un maximum de travailleurs hautement rentables. Ce que l'on oublie en soutenant un tel raisonnement, c'est que les êtres humains ne sont pas des machines, et que pour construire une société pleine de vitalité, l'épanouissement de chacun est indispensable. Un artisan amoureux de son travail apportera beaucoup plus à ses contemporains qu'un ingénieur dépressif ne comprenant pas le sens de son métier.Petit, je voulais être boulanger, puis facteur, puis berger. On m'a poussé à faire des études. On m'a expliqué que c'était le seul moyen de réussir ma vie, de gagner de l'argent, de m'épanouir dans mon métier. J'ai enduré de longues heures, de longues années de cours. Je me suis ennuyé, ennuyé et encore ennuyé sur des dizaines, des centaines, des milliers de chaises. Et maintenant que j'ai cinq années d'étude en poche, que je travaille, que je galère, je continue à m'ennuyer, et regrette profondément de n'avoir pas écouté le petit enfant qui voulait élever ses moutons en Ardèche.
Et autour de moi, lorsque je tends l'oreille, voici ce qui tombe dedans : « J'ai fait 5 ans d'étude, je passe mes journées à faire des additions. Tout ce que j'ai appris ne me sert finalement à rien. », « J'aurais bien fait des études littéraires ou sociales, mais on m'a martelé qu'il n'y avait pas de débouchés. Je me suis fatigué à bosser des matières ennuyeuses pendant des années en espérant que j'aurais un travail solide au bout ; et maintenant que j'ai mon diplôme, j'enchaîne les CDD à temps partiel payés au SMIC... », « J'en ai marre de tout donner, de partir tous les matins à 7h et de rentrer tous les soirs à 20h, et de continuer à galérer pour manger des casseroles de pâtes, et pour me payer un 20 mètres carrés tout miteux »...