
Alexandre Kojève
1 . Généalogies de la Grande RéinitialisationAu printemps 2020, la foule des non-initiés découvre, d'abord sous forme d'interventions télévisées de moins en moins confidentielles, la personnalité intrigante de Klaus Schwab, visionnaire professionnel pour le compte du syndicat mondial des milliardaires (surtout) occidentaux. En juin 2020, cette calvitie dûment lunettée émettant un anglais de général nazi caché en Argentine dans un épisode de James Bond devient aussi une signature littéraire/philosophique/politique, au bas de l'essai Covid-19 : la Grande Réinitialisation, par lequel le très démocratique président à vie du World Economic Forum, aux côtés de son discret coauteur Thierry Malleret, assume au grand jour la paternité - sinon de la « crise Covid », censée s'être présentée spontanément
1, mais du moins celle du type de politique de gestion de cette crise qui, comme par magie, alors même qu'il ne correspondait pas vraiment aux pratiques habituelles en la matière, s'est imposé dans la plupart des pays du monde industrialisé
2. À l'échelle mondiale, un processus d'enquête s'enclenche alors
3, cherchant à cerner la personnalité et les intentions d'un homme qui semble être passé du management à la prophétie : commençant, au début des années 1970, à s'affairer dans ce qui semble être l'intendance d'une technocratie mondiale en cours de solidification, Schwab finit, après le tournant du millénaire, par poser (aux côtés de son philosophe de cour Y. Harari) en grand théoricien d'une futurologie de mieux en mieux appliquée, au gré de titres comme La Quatrième révolution industrielle (2017), Covid19... ou, tout récemment, The Great Narrative.