Putin n Obama
© Sergey Guneev/POOL/RIA Novosti
Le Président russe Vladimir Poutine et le Président étasunien Barack Obama.
L'Histoire nous dira peut-être si le 'Nouvel Ordre Mondial' commença le 28 septembre, lors d'un face-à-face de 90 minutes à l'ONU, à New-York, entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président étasunien Barrack Obama.

Quelle que soit l'interprétation - rencontre « productive » selon la Maison Blanche et « tendue » selon une source proche du Kremlin - les faits sur le terrain se sont enchaînés presque aussitôt.

Poutine insista auprès d'Obama pour que les États-Unis rejoignent la Russie au sein d'une vraie grande coalition, levée pour anéantir ISIS/ISIL/Daesch. L'administration Obama, une fois de plus, n'a rien « lâché ». J'ai déjà parlé ici de ce qui se passa ensuite: un véritable tremblement de terre changea la donne du 'Nouveau Grand Jeu' lancé en Eurasie, et, sorti tout droit de la mer caspienne, a pris les nombreux acronymes des services secrets étasuniens - sans compter le Pentagone - complètement au dépourvu.

Ce fut donc le premier message que Poutine adressa à Washington, et plus particulièrement au tandem Pentagone/OTAN; vos idées fantaisistes de stationnement d'armes tactiques nucléaires ou de migration de votre flotte de missiles de défense en Europe de l'Est, ou même en Asie-Pacifique, ne sont rien d'autre qu'un mirage. Nos missiles de croisière sont réellement capables de faire d'énormes ravages; et tout bientôt, comme le précise ce document, nous disposerons de davantage de missiles hypersoniques à longue-portée de haute précision.

Les vieilles habitudes s'en vont difficilement - et restent pour toujours dans le coma. La réponse du Pentagone aux évènements issus de la mer caspienne consista en l'envoi par avion d'armes légères à « un groupe particulier de dirigeants accrédités ainsi qu'à leurs unités », un peu comme ces fameux "rebelles modérés" Syriens qui n'existent pas. Ces armes se feront immanquablement dérober par l'une des équipes de champions salafisto-jihadistes présents sur le terrain en très peu de temps.


Commentaire : En effet, trouver des « rebelles modérés » en Syrie, c'est un peu comme s'embarquer dans une chasse au dahu :
La première (et unique) couvée de « rebelles modérés » (une centaine) pondue il y a tout juste un mois - au prix d'un demi milliard de dollars US - a soit déserté, soit été kidnappée, et au final, il n'en reste plus que « 4 ou 5 ». Voilà les « rebelles modérés » que les É-U avaient promis de défendre via des frappes aériennes si Assad osait les toucher. Lâchés sur le territoire syrien depuis la Turquie il y a 3 semaines, ils ont immédiatement cédé leurs armes et leurs véhicules aux « terroristes d'al-Qaïda » et leur ont prêté allégeance.

Puis, le gouvernement britannique fut forcé de récuser un « document » du Sunday Times, journal aux mains de Murdoch, et rapportant que les avions Tornades anglais en Syrie étaient désormais équipés de missiles air-air en vue de contrer de potentielles « attaques » aériennes russes.

Et, cerise sur le gâteau, le traditionnel cortège des « experts militaires » infestant les médias sociaux étasuniens se sont mis à raconter que nous étions à 30 secondes de la 3ème guerre mondiale.

Le plan nucléaire de Glazyev

Le Pentagone, pour l'instant apoplectique, prendra du temps à assimiler les nouveaux évènements militaires du sol - et du ciel syrien. Cela s'ajoutera au profond désarroi arboré par les « Maîtres de l'Univers » dans leur axe Washington/Wall Street - qui cherche par tous les moyens à briser le partenariat stratégique entre la Chine et la Russie. Quelle ambition alors que le Pentagone combat encore à l'heure de la seconde guerre mondiale, avec ses armes, ses navires et ses monstrueux porte-avions déployés comme des petits canards de salle de bain, faisant face à des missiles russes dernier cri.

Mais il y a également un second - plus discret - message que Poutine adressa à Washington, et qui n'avait même pas besoin d'être directement adressé à Obama. Les services de renseignements étasuniens ont probablement une petite idée à ce sujet, car ils suivent de très près les médias russes.

Sergei Glazyev
© Ramil Sitdikov/RIA Novosti
Sergei Glazyev, Conseiller présidentiel
Il s'agit du plan de Sergey Glazyev (conseiller présidentiel) pour le futur immédiat de l'économie russe, et dont voici un résumé en Russe. Ce plan fut officiellement proposé au Conseil de Sécurité de la Russie. Voici un très bon récapitulatif de la façon dont fonctionne le Conseil de Sécurité de la Russie.

On relève au moins trois points-clés cruciaux dans le plan de Glazyev. On peut les résumer comme suit :

1. Si la tendance actuelle de gel des fonds privés russes d'entités légales ainsi que d'individus continue, la Russie envisagera un moratoire complet ou partiel sur les traitements des opérations portant sur les prêts et les investissements des pays impliqués dans ce gel.

2. La quantité des liquidités étrangères actuellement détenues par la Fédération de Russie dans les pays de l'OTAN dépasse 1.2 trillions de dollars, chiffre incluant une dette à court terme d'environ 800 milliards de dollars. Leur gel pourrait être partiellement compensé par une attitude de retrait des capitaux de l'OTAN actuellement présents en Russie, qui reviennent eux à 1.1 trillions de dollars, en comptant cette fois plus de 400 milliards de dollars de dette à long terme. Donc, la menace serait neutralisée si les autorités monétaires russes opéraient à un retrait de leurs avoirs à court terme aux États-Unis et en Europe.

3. Glazyev refuse que la Banque Centrale Russe continue à servir les intérêts de capital étranger - comme les puissances financières de Londres ou de New-York. Il déplore le fait que les hauts taux d'intérêt pratiqués par la Banque Centrale de la Russie poussent les oligarques russes à aller emprunter à des taux plus bas en Occident, rendant ainsi l'économie russe plus dépendante, un piège à la dette que l'Occident a mis en place pour affaiblir peu à peu la Russie. Puis le pétrole occidental et le rouble s'effondrèrent, faisant ainsi augmenter la pression alors que le service de la dette en terme de coût en rouble et d'intérêt a doublé.

Ce que propose Glazyev, en gros, c'est que Moscou dispose du contrôle total de sa Banque Centrale, et empêche les spéculateurs d'effectuer des opérations non-productives avec leurs crédits. Moscou devrait aussi procéder à des contrôles sur les liquidités; et créer une organisation centrale de recherche technologique pour compenser la perte de la technologie occidentale, en imitant la méthodologie étasunienne qui consiste à sortir de la recherche militaire les technologies exportables sur le marché de la consommation.

Le fait est que la Russie vient de perdre l'accès au crédit occidental et n'a plus la possibilité de rembourser la dette contractée auprès de ces créditeurs. Donc, la Russie va devoir payer le principal et les intérêts quand l'échéance sera venue. On parle ici d'un trillion de dollars plus les intérêts. Il faut aussi remarquer que la Russie ne peut rien importer de l'ouest sans payer le double de son prix. On peut dire que le pays est en ce moment dans une situation similaire à celle où il se trouverait si Moscou se déclarait en défaut de paiement. De cette façon - avec un défaut de paiement- la Russie n'aurait rien à perdre, car les dégâts ont déjà été faits.

Un choc pour le système

En gros et une fois de plus, un défaut de paiement d'une dette russe, contractée auprès d'organismes privés occidentaux, de plus d'un trillion de dollars reste un scénario très plausible, discuté dans les plus hautes instances - partant du principe que Washington persistera dans sa campagne de démonisation anti-russe.

Il est clair que le lessivage subi par les Russes est moins le fait de sanctions imposées que celui du joug maintenu par les puissances financières occidentales sur la Banque Centrale de la Russie. La Banque Centrale russe s'est enlisée dans une dette piégeuse en conservant des hauts taux d'intérêt, tandis que l'Occident prêtait à des taux très bas.

Inutile de préciser qu'un tel défaut de paiement, s'il venait à se produire, provoquerait l'effondrement de la totalité du système financier occidental.

Il est bon de conserver une vue d'ensemble de la situation: il y a en ce moment la saga "Sanctions/Syrie/Ukraine" qui se déroule en parallèle à un contexte Chine-Russie d'intégration imminente des BRICS, et cela perturbe l'équilibre du pouvoir géopolitique. Pour les 'Maîtres de l'Univers', cela dépasse l'anathème. Car ils pourraient injecter des liquidités à Wall Street, ce qui aurait pour effet une remontée hystérique de la valeur des parts A détenues par la Chine, pour ensuite tenter de provoquer l'effondrement de leur système monétaire suite à l'inversion liée au trucage provoqué par une telle injection de liquidités, comme cela s'est déjà produit en 1987.

La Chine a décidé de posséder son propre système de payement SWIFT, sans oublier de mentionner la naissance d'une pléthore de nouvelles institutions internationales, d'origines chinoises et indépendantes du contrôle étasunien. La Russie, pour sa part, à récemment fait passer une loi qui déclencherait la saisie de tous les actifs étrangers dans le cas d'une saisie des actifs russes par l'Occident. Comme l'a souligné Glazyev, les investissements occidentaux en Russie équivalent plus ou moins à ceux de la Russie en Occident.

Les 'Maîtres de l'Univers' vont peut-être persister à se servir d'armes financières de destruction massives. La Russie, discrètement et à l'aide de quelques faits essentiels en mer Caspienne, leur fait comprendre qu'elle est préparée à n'importe lequel de leurs scénarios.

Une fin moins apocalyptique serait plus souhaitable. Voici une blague populaire qui court ces jours à Moscou, narrée par William Engdahl. C'est Poutine qui, de retour au Kremlin après sa rencontre avec Obama à New-York, confie à un collègue qu'il a invité Obama à une partie d'échecs. Il lui explique comment cela s'est déroulé : « C'était comme jouer contre un pigeon. En premier, il renverse toutes les pièces, puis il fait ses besoins sur l'échiquier, pour terminer en paradant gaiement autour comme s'il avait gagné. »