Le sommet des chefs d'État de l'OCS, l'Organisation de coopération de Shanghai, vient de s'achever avec l'approbation des résolutions finales (dont la stratégie de développement économique des pays de l'OCS jusqu'en 2030). Cette structure, qui en est à sa 23
e année d'existence, est appelée à s'élargir considérablement au fil du temps, en impliquant plusieurs nouveaux pays. Elle représente déjà plus de 40 % de la population mondiale, plus de 20 % du PIB et environ 20 % des réserves mondiales de pétrole, mais l'élargissement progressif à d'autres pays ne fera qu'accroître son ampleur et son importance politique. L'importance de cet événement est également utile pour développer certaines considérations ici en Occident, car il nous aide à regarder les choses d'un autre point de vue.
Commençons par le premier aspect. Depuis que l'administration démocrate dirigée par Biden a pris ses fonctions à la Maison Blanche, elle a imposé une lecture binaire du monde : d'un côté se trouveraient les démocraties libérales, de l'autre les États autoritaires, qui représentent la principale menace pour l'ordre international dirigé par les États-Unis. Au premier groupe de pays appartiendraient les Etats occidentaux, au second tous les autres. Une reprise en bonne et due forme de la thèse du choc des civilisations de Samuel Huntington (lancée au début des années 1990, à l'apogée de l'unilatéralisme étasunien) et dépeinte par Niall Ferguson dans la dichotomie
The West and the Rest (l'Occident et le reste). Mais cette vision binaire, renforcée dans certains milieux politiques occidentaux après l'éclatement du conflit ukrainien, ne prend pas en compte les complexités du monde et surtout le poids de certains États. Le sommet de l'OCS de 2023 a été accueilli par l'Inde, un pays que la vulgate occidentale placerait au rang des démocraties. Mais le premier pays du monde par sa population et la sixième économie de la planète continue de résister aux pressions étasuniennes qui voudraient l'impliquer dans un affrontement contre Moscou (et les autres pays qui ne sont pas adeptes du consensus de Washington) et continue de maintenir sa posture basée sur la doctrine de la neutralité stratégique.