Epuisées par l'attente interminable d'un allègement des restrictions, certaines familles prennent aujourd'hui la décision de sortir leur proche de la maison de retraite. Témoignages.

© Anne-Christine Poujoulat - AFP
Depuis trois mois, Céline a repris sa mère à la maison après deux ans passés en Ehpad. La jeune femme de 36 ans, habitante du Var, explique :
« Les confinements à répétition, les parloirs, les privations de droits et de liberté ont largement motivé cette décision. Mais c'est aussi lié à l'absence de dialogue et de projets d'accompagnement, au refus de respecter le contrat de séjour et les droits de ma mère, à l'épuisement de ne pas pouvoir me faire entendre. »
Cela fait maintenant un an que les 600 000 résidents des Ehpad sont soumis à des normes sanitaires plus strictes que le reste de la population sanitaire sans que les aspects éthiques ne pèsent dans la balance face à l'impératif sécuritaire. Prolonger la vie oui, mais à quel prix ? Dans une
tribune du Figaro, parue le 6 février, les proches aidants dénoncent « un principe de précaution poussé à l'extrême ». Confinés avant les autres dès le 9 mars, déconfinés plus tardivement mais
pas complètement,
les résidents demeurent encore interdits de sortie ou confinés en chambre selon les établissements.« Je me suis préparé psychologiquement »Pierre vient donc de renouer avec son rôle d'aidant familial, déjà assumé pendant 8 ans, avant le placement de sa mère en Ehpad. Depuis mars 2020, il appelait matin et soir pour soutenir le moral de Janine, âgée de 91 ans. Au fil des mois, ce coaching téléphonique quotidien compensait de moins en moins le manque affectif. Le 27 février dernier, Pierre est donc venu chercher sa mère pour la ramener définitivement à la maison. Un grand moment d'émotion après 5 mois d'interdiction de sorties (voir la vidéo ci-dessous).
« Je préfère mourir maintenant dans tes bras plutôt que de vivre plus longtemps là-bas », confirme Janine pendant les embrassades.