Commentaire : Il y a sans doute une prédisposition naturelle, ou apparaissant comme telle chez l'être humain, à la soumission aux figures de l'autorité : de façon générale, un enfant obéit instinctivement à ses parents. Une tendance à l'obéissance mise à profit, depuis des siècles, par ceux que le pouvoir attire, ceux qui ont donc construit le système que nous connaissons actuellement et qui voit chaque être humain de la planète assujetti aux conventions morales, sociales et politiques de son pays, où l'autorité de l'État se substitue finalement à l'autorité parentale.
L'auteur de l'expérience de la prison de Stanford, Zimbardo, est devenu un témoin expert de la défense pendant la Cour Martiale de l'un des gardiens de nuit de l'infâme groupe des « Sept d'Abu Ghraib », Ivan "Chip" Frederick. En raison de son expérience avec l'histoire de la Prison de Stanford, Zimbardo a fait valoir que c'était la situation qui avait généré ces comportements aberrants chez des gens d'ordinaire bons. Alors que l'armée décrivait ces gardes comme quelques « pommes pourries » dans un pourtant bon cageot de l'armée américaine, Zimbardo a fait valoir que ces gardiens étaient tout à fait normaux, de bonnes pommes dans un cageot pourri. (...) Pour appuyer son accusation selon laquelle le cageot, plutôt que les pommes, était pourri, Zimbardo a mis le système lui-même à l'essai dans « l'Effet Lucifer » (7). Il a constaté que les ordres, les attentes, et la pression de la torture venaient du sommet de la chaîne de commandement, et ses analyses mettaient en évidence la culpabilité du Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, du directeur de la CIA George Tenet, du lieutenant général Ricardo Sanchez, du général Geoffrey Miller, du vice-président Dick Cheney, et du président George W. Bush.

Les analyses détaillées de Zimbardo concluent que « ce cageot de pommes a commencé à pourrir de haut en bas. » Pourtant, il fait aussi l'éloge de nombreux héros, ces dénonciateurs du bas vers le haut de la hiérarchie militaire, ces êtres humains qui ont risqué leur vie et leur carrière en se levant et se montrant déterminé face à ce système toxique.
A la lecture de ce qui précède, on réalise qu'une structure sociale de type pyramidale est une configuration idéale. Elle favorise la dissémination des comportements pathologiques : les personnes qui se situent au sommet de l'édifice ont tout loisir d'infecter les personnes sous leur autorité. Ainsi une personne ordinaire peut voir son « capital bonté » corrompu, diminué, disparu, sous l'effet d'une pression quelconque venant d'un individu qu'elle aura considéré comme « hiérarchiquement supérieure », d'une quelconque manière. Dans le cadre de l'expérience de Milgram, le conflit intérieur que ce genre de situation peut engendrer chez un individu normalement constitué voit apparaître un phénomène de désengagement moral qui transforme le comportement des personnes ordinaires, bonnes a priori, en court-circuitant toute éventuelle culpabilité. Parachevant ainsi la corruption d'un esprit qui n'était pas foncièrement mauvais, à la base. Que les résultats des tests restent les mêmes 50 ans après, cela ne nous montre t-il pas que les soi-disant progrès moraux dont se gargarisent nos sociétés modernes ne sont qu'une illusion ?

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50 ans après la célèbre expérience du psychologue américain Stanley Milgram, une réplication de celle-ci montre que les gens sont toujours aussi prêts à faire du mal à d'autres afin d'obéir à l'autorité, montre une étude publiée dans la revue Social Psychological and Personality Science (SPPS).

Dans l'expérience de Milgram, publiée en 1963, des volontaires, croyant qu'ils testaient les effets de la punition sur l'apprentissage, administraient, sous les ordres d'un expérimentateur, ce qu'ils croyaient être des chocs électriques, d'intensités de plus en plus grandes, à une autre personne (qui était en fait un acteur) se trouvant dans une pièce séparée.

Dariusz Doliński, chercheur en psychologie sociale à la SWPS University of Social Sciences and Humanities (Pologne) et ses collègues ont recruté 80 participants (40 hommes et 40 femmes), âgés de 18 à 69 ans. Les participants disposaient de 10 boutons, chacun délivrant un niveau de « choc » plus élevé. Alors que les considérations éthiques empêchaient une réplication complète des expériences, les chercheurs ont créé une configuration similaire avec des niveaux de « choc » inférieurs.

Le niveau d'obéissance des participants aux instructions était similairement élevé à celui des études originales de Milgram.

90 % des participants étaient prêts à aller au plus haut niveau de l'expérience. Le nombre de personnes refusant d'exécuter les commandes de l'expérimentateur était trois fois plus élevé lorsque la personne recevant le « choc » était une femme, mais la petite taille de l'échantillon ne permet pas de tirer des conclusions solides, indiquent les chercheurs.

« En prenant connaissance des expériences de Milgram, une grande majorité de gens prétendent qu'ils ne se comporteraient jamais de cette manière », dit Tomasz Grzyb, psychologue et coauteur.

« Notre étude a, encore une fois, illustré le pouvoir énorme de la situation à laquelle les sujets sont confrontés et à quel point ils peuvent facilement accepter des choses qu'ils trouvent désagréables. » (Le situationnisme en psychologie est une position selon laquelle le comportement est principalement influencé par des facteurs situationnels externes plutôt que par des traits ou des motivations internes tels que des vertus.)

En ce qui concerne la façon dont la société a changé, note Grzyb, « un demi-siècle après la recherche originale de Milgram sur l'obéissance à l'autorité, une majorité frappante des gens sont toujours prêts à "électrocuter" un individu impuissant ».

Voyez aussi cette expérience, également devenue un grand classique de la psychologie sociale, menée par le chercheur américain Solomon Asch de l'Université Harvard, qui a été le directeur de thèse de Stanley Milgram : Surprenante tendance au conformisme : l'expérience de Asch.