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Il est des instants où l'histoire s'accélère. Quelle que soit l'issue des négociations sur le shutdown et le plafond de la dette, octobre 2013 est de ceux-là. C'est le blocage de trop qui a ouvert les yeux de ceux qui soutenaient encore les États-Unis. Un leader est suivi quand il est craint, non quand il est ridicule.
« Construire un monde désaméricanisé » : il y a quelques années, l'affirmation aurait prêté à sourire. Tout au plus eût-elle passé pour une provocation d'Hugo Chavez. Mais quand on assiste en direct à la faillite des États-Unis et que c'est une agence de presse chinoise officielle qui le dit (1), l'impact n'est pas le même. En réalité elle décrit tout haut un processus déjà largement entamé : simplement, il est maintenant toléré d'en parler publiquement. Le blocage du gouvernement américain a au moins le mérite de délier les langues (2). Qu'on ne s'y trompe pas, cette analyse n'est pas parue dans un média chinois par hasard, elle reflète le durcissement de ton opéré par Pékin.
En effet, si le monde entier retient son souffle devant le jeu pathétique des élites US, ce n'est pas par compassion, c'est pour éviter d'être emporté dans la chute de la première puissance mondiale. Chacun tente de se découpler de l'emprise américaine et lâche des États-Unis discrédités définitivement par les récents épisodes sur la Syrie, le tapering, le shutdown et maintenant le plafond de la dette. Le pouvoir légendaire des États-Unis n'est plus qu'un pouvoir de nuisance et le monde a compris qu'il était temps de se désaméricaniser.