La méthode est toujours la même : désigner Pierre pour que Paul lui casse la figure, pendant que les escrocs amis, masqués et protégés par leurs industries florissantes et en dégraissage lucratif, bardés de fiscalistes rompus à toutes les ficelles de lois qu'ils peuvent contourner, vident les caisses de l'État, déshabillent Pierre et Paul, et même femmes et enfants.
Après les immigrés, les Roms, les sans-papiers, les étudiants étrangers, les petits voyous des cités livrés à eux-mêmes, les associations caritatives (sauvées in extremis pour deux ans), les fainéants d'enseignants, de fonctionnaires et les malheureux Indignés, bien esseulés dans cette France qui s'aveugle, chassés à la matraque et aux lacrymogènes, voici, comme il était prévisible, l'intrépide avocat d'affaires qui nous ressort sa potion fielleuse et stigmatise à présent les pauvres auprès de celles et ceux qui ne le sont pas encore tout à fait.
On les désigne à la vindicte populaire, tous ces "profiteurs" du système, ces malades qui ne le sont qu'à moitié, ou même simplement fatigués de leurs ignobles conditions de travail, ces parents isolés qui ne le sont en fait pas tant que ça - un UMP imaginera-t-il des tests pour vérifier les heures et la fréquence des rapports sexuels des allocataires ? - , ces expatriés qui profitent de la carte Vitale et se font rembourser des soins alors qu'ils ne cotisent même plus - rendez-vous compte ! - , ces faux chômeurs qui bidouillent des bulletins de paie, ces travailleurs au noir parce qu'ils n'ont pas le choix pour vivre décemment, ces fraudeurs du droit au logement social et du RSA.