Note des Éditeurs : Ariane Bilheran — philosophe, psychologue clinicienne, docteur en psychopathologie, spécialisée dans l'étude de la manipulation, de la paranoïa, de la perversion, du harcèlement et du totalitarisme — a commencé à écrire des articles qui relatent les « Chroniques du totalitarisme », celles qui témoignent du temps totalitaire que nous vivons. Nous avons publié les six premières parties réunies en deux articles, le premier ici et le deuxième ici. Nous publions aujourd'hui les parties 7 et 8 des « Chroniques du totalitarisme », une partie des travaux d'Ariane Bilheran — Ô Combien fondamentaux pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, à l'instar — entre autres — de l'ouvrage de Andrew Labczewski, La ponérologie politique — Étude de la genèse du mal appliqué à des fins politiques.7 — La charité
Nos lectrices et à nos lecteurs pourront aussi se référer à cet autre article d'Ariane Bilheran que nous avons publié en juin dernier et qui est constitué de trois parties réunies, Psychopathologie du totalitarisme — Le délire paranoïaque, les aspects du projet totalitaire, et comment sortir de l'aliénation collective.
Un autre article, fondamental en ce qui concerne les mécanismes du totalitarisme et de la psychopathie, a par ailleurs été traduit par l'équipe éditoriale française de Sott.net : La psychopathie et les origines du totalitarisme.
Bonne lecture !
Traditionnellement, et dans toute l'humanité, ont existé des lieux, où tout un chacun pouvait se réfugier en zone « neutre » des conflits, en protection, mis à l'abri. Avec ou sans papier, avec ou sans argent, innocent ou criminel, indigent, mendiant, handicapé, vieil- lard, qui que vous soyez, quoi que vous ayez fait, vous pouviez y être accueillis et en sécurité. Dans la Grèce Antique, le terme άσυλον, « asulon », signifiait un sanctuaire inviolable, un lieu que l'on ne pouvait ni transgresser ni piller. Puis, avec la civilisation judéo-chrétienne, les églises, les cathédrales, mais aussi les hospices, ont rempli cette vocation, et ce, depuis l'Empire romain, de façon plus ou moins discrète, selon les circonstances politiques.
L'hôpital, c'est d'abord l'hospitalité
Le terme « hôpital » provient de la même étymologie qu'hospice, hospitalité, hôte. Dans un hospice, il est coutume de recevoir et d'entretenir des enfants abandonnés, des infirmes, des vieillards et toute personne hors d'état de subvenir à ses besoins. Des soins sont apportés aux indigents. En clair, l'hôpital est indissociable de la charité et de l'hospitalité, par sa définition même: l'hôpital Santa Maria della Scala[1] à Sienne en Italie, dès 1090, prenait soin des bébés abandonnés sur les marches, soignait les pauvres, distribuait l'aumône, servait une portion double aux femmes enceintes, œuvrait en toute chose avec un esprit humble et charitable.














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