Parfois, sans qu'il puisse rien y faire, Mohammed est secoué par la vision du tir de drone qui a broyé neuf de ses proches sous ses yeux. "J'ai l'impression que ma tête explose", susurre le jeune Pakistanais, victime collatérale oubliée de la guerre américaine télécommandée.Ce jour de janvier 2009, quatre oncles, un cousin et quatre voisins prenaient le thé dans la maison familiale au Waziristan du Nord, district tribal du nord-ouest pakistanais considéré comme le principal bastion d'Al-Qaïda et de ses alliés talibans dans la région.
"Nous avons entendu le bruit du missile, une fraction de seconde plus tard ils étaient tous morts, leurs corps mutilés", se souvient Mohammed Fahim, 19 ans, qui se trouvait par chance dans une autre pièce, mais y a quand même perdu un oeil.
Comme une partie des victimes des avions sans pilote américains, Mohammed soutient que sa famille n'était liée à aucun réseau islamiste.
Washington aime à présenter comme "chirurgicaux" ces bombardements, qui dopent le sentiment anti-américain au Pakistan.
Selon l'organisation britannique Bureau of Investigative Journalism, entre 2.534 et 3.573 personnes, dont 411 à 884 civils, ont été tués depuis 2004 dans le nord-ouest par ces nouveaux fers de lance de l'antiterrorisme américain.