Comment: On peut désormais s'épargner l'emploi du futur et du conditionnel pour expliquer quelles formes peuvent prendre les émanations d'une société d'oppression et de coercition. Le présent nous éclaire parfaitement. Certes, nous avons toujours la possibilité de choisir la marque de notre plaque de chocolat préférée, TAFTé et OGMisé ; de notre voiture, payée à crédit et à l'électronique contraignante ; de notre smartphone et notre ordinateur portable, à obsolescence programmée, tachés du sang d'êtres humains vivant et mourant à l'autre bout de la terre. C'est vrai, nous avons encore la possibilité d'exprimer nos états d'âmes sur Facebook, dans les limites d'une bienséance fortement reglementée ; de changer à tout moment la chaine de notre télévision, assujettie à une pensée recommandée. Nous pouvons choisir un statut administratif, dans le cadre des options imposées ; nous pouvons changer de travail et d'employeur, dans le cadre de contrats obligés ; nous pouvons voter gris clair ou gris foncé, dans le cadre électoral ordonné.
C'est bien cette liberté qui nous est proposée. Par le Tout-Puissant, descendu du ciel en 2016 pour énoncer la Vérité ? Non. Par toute une bande de malades mentaux se croyant investis, si ce n'est d'une mission ou d'un devoir, d'un pouvoir hors du commun leur permettant d'imposer leur volonté à l'univers. Où se dévoile une vision du monde biaisée par une inaptitude psychologique incurable à voir la réalité pour ce qu'elle est, et une incapacité de cœur à exprimer ce que l'être humain a de meilleur et de plus créatif en lui, pour le bien de tous. Vouloir faire passer un tel ersatz de liberté pour la Liberté n'est-elle pas une marque supplémentaire de la folie et de la corruption qui anime l'esprit de tous nos dirigeants ?
Alors que le gouvernement autorise certaines manifestations et pas d'autres, il apparaît que l'état d'urgence ne répond pas à une nécessité, mais à une volonté d'imposer un régime autoritaire. L'analyse des textes et de leur application ne laisse aucun doute.
Le 10 mai, le Sénat a voté, à une large majorité, le projet de loi augmentant de deux mois la durée de l'état d'urgence. Au lendemain des attentats de Paris, celui-ci avait déjà été prolongé de trois mois par la loi du 20 novembre 2015 [1]. Depuis, une nouvelle période de trois mois s'est ajoutée et vient à échéance ce 26 mai. Ainsi, le gouvernement a beaucoup de mal de sortir de l'état d'urgence malgré le vote, ce 5 avril 2016 par le Sénat, de la loi de réforme pénale « renforçant la lutte contre le terrorisme et le crime organisé ». Cette législation donne un débouché pénal aux dispositifs légaux d'espionnage des ressortissants français, contenus dans les différentes réformes mettant fin à la vie privée des Français, dont la dernière loi sur le renseignement [2]. Elle inscrit, dans la norme, des mesures liberticides normalement autorisées par l'état d'urgence : espionnage des citoyens et limitation de la liberté d'aller et venir des « retours de Syrie ».













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