« Qui ne connaît la valeur des mots ne saurait connaître les hommes »
« Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté »
~ Confucius

© Inconnu
Qu'est-ce que la « novlangue » au sens orwellien du terme ? La question a son importance, car cette expression est de plus en plus employée actuellement pour stigmatiser le discours de nos hommes politiques et de la doxa néolibérale qu'ils prophétisent
(« Nous irons ensemble vers le nouvel ordre mondial, et personne, je dis bien personne ne pourra l'arrêter », a annoncé Nicolas SARKOZY lors de ses vœux de 2009,
à lire sur Agoravox).
Si nous employons communément le terme « novlangue », ce n'est pas tant pour désigner ce que ce mot traduit que l'intention dont il est porteur. En effet, les définitions communes propres à cette expression se limitent à la description d'une langue « destinée, non à étendre, mais à diminuer le domaine de la pensée, et la réduction au minimum du choix des mots aidait indirectement à atteindre ce but »
[1]. Selon cette définition la « novlangue » consisterait surtout en une destruction (suppression) des mots et/ou à une régression des expressions signifiantes, dont un exemple type est donné par la contraction de deux unités lexicales, « nouvelle » et « langue », pour former le référent « novlangue ».
Or, dans le langage de propagande utilisé chaque jour, il n'y a rien de tel. Le phénomène actuel n'a pas encore atteint le stade dénoncé par la fiction orwellienne et, à ce titre, il ne mérite pas encore l'appellation de « novlangue » prise dans son sens restrictif de destruction et/ou régression du langage (et implicitement celui de la pensée). Mais cela ne veut pas dire pour autant que l'usage du vocable « novlangue » soit inapproprié, car la « novlangue » désigne également « une langue délibérément construite, au sens politique et organisationnel du terme : elle fait l'objet d'une élaboration consciente et raisonnée, et elle est prise en charge par des agents de l'institution qui appliquent la volonté politique dont la « novlangue » est l'un des instruments. Cette considération [...] met l'accent sur le fait que la « novlangue » est sous-tendue par une intention. Dès lors, accuser autrui de parler la « novlangue » [...] ce n'est pas seulement désigner autrui comme le locuteur d'une autre langue, mais c'est, bien plus encore, désigner autrui comme un locuteur qui,
par la langue qu'il parle, se fait - délibérément ou à son insu - le porteur d'une intention politique ou d'une idéologie »
[2].
Commentaire:
Voir aussi : Harmonie sociale en période de discorde mondiale