Tu traînes tes guêtres dans les manifs et sur Article XI
, alors on n'a sans doute plus grand chose à t'apprendre sur la matraque, les lacrymos, le canon à eau, le tazer et le flash-ball. Mais on s'est dit qu'on allait te familiariser avant que tu n'y goûtes avec une nouvelle catégorie d'armes dites « non-létales » : les armes soniques. Et on s'intéresse plus généralement aux usages militaires et policiers du son.Un grand merci à Solenn Moreau, Claude Ollivier, Alexandra et aux lecteurs d'Article XI pour leurs relectures avisées.
Pour amorcer cette nouvelle série d'articles, sur les usages politiques et sociaux du son, on s'intéresse à de nouvelles armes, dites soniques ou acoustiques, qui équipent les polices, les armées, les commerces et même les particuliers de divers pays. Tour d'horizon de la panoplie existante, depuis les armes infrasoniques, en passant par les fréquences moyennes & la musique et jusqu'aux très hautes fréquences et aux ultrasons, majoritairement employées dans le domaine sécuritaire. Et premières ébauches d'une résistance sonore.
« Les oreilles n'ont pas de paupières »2 : aspects techniques de l'audition
Dessin de Tristan¹
Considérée d'un point de vue guerrier, l'oreille est une cible vulnérable : on ne peut pas la fermer, on ne choisit pas ce qu'elle entend, et les sons qui lui arrivent peuvent modifier profondément notre état psychologique ou physique. Les premières recherches militaires et scientifiques sur l'impact du son sur l'organisme remontent à la Seconde Guerre mondiale, à une époque où les États-Unis s'inquiètent de l'avance de l'URSS dans le domaine du lavage de cerveau
3, et de l'inventivité nazie dans celui de l'armement
4. La CIA, conjointement avec les services secrets canadiens et britanniques, se lance alors dans de savantes expérimentations sur les manipulations sensorielles, notamment auditives
5. C'est surtout à partir des années 1960 que la recherche se structure - et dans les années 1970, les Russes développent des techniques de «
psychocorrection », autrement dit de manipulation mentale, qui s'appuient sur les propriétés de l'audition afin de contrôler les dissidents, de les démoraliser, et de briser les émeutes. Dans les années 1990, les premières armes deviennent publiques, puis certaines d'entre elles, notamment dans les années 2000, trouvent une application dans le domaine civil.
Commentaire: Ce qui ressort de tout cela, bien plus qu'une histoire de conflit entre institutions, c'est la vulnérabilité totale d'une population inconsciente des dangers qui la guette, quels qu'ils soient. Et n'est-ce pas là toujours la même histoire ? Un manque de connaissance entrainant une fragilité que d'autres forces ne manqueront pas d'exploiter ? En y réfléchissant, le problème ne vient pas tant de la puissance supposée, et quelque fois avérée, du camp opposé, des ennemis de la vie en quelque sorte, mais bien bien plutôt des faiblesses qui permettent à ces opposants-la d'avoir une emprise, une accroche, fatale, au bout du compte.
Et ceci est transposable à n'importe quelles situations, pour n'importe quels pays, dans n'importe quelles conditions. A l'abri en France ? Mais pas du tout...
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