Retards, mauvais calcul des soldes... le ministère n'a pu régler un problème informatique plongeant les familles dans le désarroi.
© Paul Delort/Jean-Christophe Marmara/Le FigaroDix-neuf mois que le logiciel de gestions des paies « Louvois », victime d'une série de bugs informatiques, sème la panique dans les bulletins de salaire des soldats, du petit sous-officier au plus haut gradé.
Impayés de loyer, emprunts, saisies sur salaire, huissiers, recours à l'aide sociale, aux bons alimentaires, séparations conjugales, vente de la maison familiale, retour au domicile parental à 35 ans passés... le scénario de l'endettement des couples prend aujourd'hui dans sa toile des proies impensables: des hommes et des femmes engagés pour le pays, des militaires français. Ils n'ont pas cédé aux sirènes du consumérisme et à son piège du crédit revolving. Ils sont victimes du logiciel « Louvois », pour «
Logiciel unique à vocation interarmées de la solde ». Un système installé en 2011 pour mutualiser et harmoniser le système des paies, différent dans chaque corps d'armée. De quoi réduire, espérait l'administration, la masse salariale et optimiser la rentabilité du bulletin de solde dont le traitement coûtait 6 euros par fiche.
Dix-neuf mois que ce factieux informatique, buguant à tous crins, continue de semer la panique dans les bulletins de salaire des soldats, du petit sous-off au plus haut gradé, mettant de nombreuses familles aux abois. Moins 600 euros, moins 1000 euros, à la fin du mois, parfois zéro. Sur des petites soldes, comme celle de Frédéric avec ses 1500 € mensuels, caporal de l'armée de terre, c'est la catastrophe. Une dérive qui, de mois en mois, a entraîné la famille vers des abysses financiers. Quand il rentre du Liban, en septembre 2012, son bulletin de salaire affiche 900 euros puis 700 puis 500. La mauvaise blague dure cinq mois. Pendant lesquels Frédéric et Marguerite, employée d'usine et mère de deux enfants de 4 et 2 ans, empruntent et vident l'épargne des enfants pour continuer à payer le loyer. «
J'ai même revendu mes parts de retraite, se désespère Marguerite. Et ma mère nous achète les courses pour pouvoir nourrir les enfants jusqu'à la fin du mois. » Aujourd'hui, le couple affiche un découvert mensuel de 1200 €, doit payer 800 € d'agios que la banquière refuse de négocier et a une saisie sur salaire pour sa taxe d'habitation impayée. L'armée leur doit encore 7000 euros. Et la part « avancée » il y a quelques semaines par l'administration en mesure d'« urgence » leur vaut aujourd'hui 1000 euros supplémentaires à payer aux impôts, l'œil fiscal pensant à un apport d'argent. «
Nous sommes dans le pétrin, résume le couple. Et nous n'avons pas de réponse de l'armée: la grande muette est aussi sourde d'oreille. »