Commentaire : « Nos dirigeants devraient refuser que le système de soins s'inscrive dans la logique du marché, et s'inquiéter du chaos, toujours dû au marché, dans lequel s'enfonce notre système de santé tout entier. »
~ Jerome P. Kassirer, New England Journal of Medecine, 1995, vol. 333, n°1, p. 50
Scènes surréalistes dans l'Hexagone, avec un bras de fer entre l'IHU Méditerranée-Infection et le gouvernement autour de la prescription d'hydroxychloroquine contre le Covid. Dimanche, Marseille passait en force en invoquant le serment d'Hippocrate et une question éthique fondamentale.
Par Jean-Dominique Michel, anthropologue médical et expert en santé publique, Genève
Conformément au serment d'Hippocrate que nous avons prêté, nous obéissons à notre devoir de médecin. Nous faisons bénéficier à nos patients de la meilleure prise en charge pour le diagnostic et le traitement d'une maladie. Nous respectons les règles de l'art et les données les plus récemment acquises de la science médicale.Le retour de bâton (ou plutôt le coup de pied de l'âne) ne se faisait pas attendre puisque pas plus tard que le lendemain, le ministre de la Santé annonçait formellement son opposition à ce que les médecins de ville fassent usage de ce traitement, réservé aux hôpitaux. Les noms d'oiseau se mirent à fuser de plus belle. Raoult continue évidemment d'agacer et de s'aliéner bien des soutiens en affirmant par exemple qu'il « n'en a rien à fiche de l'avis de ses collègues ou du ministère ».
Nous avons décidé :Nous pensons qu'il n'est pas moral que cette association ne soit pas inclue systématiquement dans les essais thérapeutiques concernant le traitement de l'infection à Covid-19 en France.
- Pour les tous les malades fébriles qui viennent nous consulter, de pratiquer les tests pour le diagnostic d'infection à Covid 19 ;· Pour tous les patients infectés, dont un grand nombre peu symptomatiques ont des lésions pulmonaires au scanner, de proposer au plus tôt de la maladie, dès le diagnostic :
- Un traitement par l'association hydroxychloroquine (200 mg x 3 par jour pour 10 jours) + Azithromycine (500 mg le 1er jour puis 250 mg par jour pour 5 jours de plus), dans le cadre des précautions d'usage de cette association (avec notamment un électrocardiogramme à J0 et J2), et hors AMM. Dans les cas de pneumonie sévère, un antibiotique à large spectre est également associé.
Lesquels évoquent le besoin de certitude scientifique (whattever that means, nous y viendrons) avant d'autoriser les généralistes à prescrire l'hydroxychloroquine. Ambiance.
Science et science et même : pas science !
Ce que le public ignore, lui qui fait un peu naïvement confiance aux « scientifiques », c'est que la recherche médicale est en crise systémique depuis plus de 15 ans. À l'époque, John Ioannidis, un médecin né à New York, passé ensuite par les universités d'Athènes et Ioannina (Grèce) puis Harvard, avait lancé un sacré pavé dans la mare sous la forme d'un article intitulé « Pourquoi la plupart des résultats de recherche scientifique publiés sont faux ». Ce papier eut un succès qui ne se démentit jamais, devenant même l'article technique le plus téléchargé en ligne de la revue PLoS (Public Library of Sciences) Medicine. Ioannidis a depuis rejoint la prestigieuse université de Stanford, dans la Silicon Valley, où il exerce la fonction de directeur du Stanford Prevention Research Center tout en co-dirigeant le Meta-Research Innovation Center.
Pour reprendre le début de son article original, il disait en fait ceci :
« On s'inquiète de plus en plus du fait que la plupart des résultats de recherche publiés actuellement sont faux. La probabilité qu'une affirmation de recherche soit vraie peut dépendre de la puissance et de la partialité de l'étude, du nombre d'autres études sur la même question et, surtout, du rapport entre les relations vraies et les relations fausses parmi les relations étudiées dans chaque domaine scientifique. »L'article de Ioannidis fit l'effet d'un (petit) électrochoc. Ce qui n'était rien face aux répliques à venir...














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