
© Remy Gabalda/AFP Sur un site du géant Monsanto, à Trèbes (Aude), le 17 janvier 2014, un militant a inscrit sur un container « OGM danger ».
Le groupe a un quasi-monopole sur les semences OGM et exerce un lobbying massif auprès des élus.Monsanto «est plus puissant que le gouvernement». La petite phrase a été lâchée récemment par le ministre québécois de l'Agriculture, dans une province qui espère depuis des années réduire sa consommation de pesticides. Une enquête de
Radio Canada montre pourtant l'inverse : entre 2006 et 2012, la quantité de pesticides utilisés par les agriculteurs locaux a augmenté de 27 %. En tête des ventes : le Roundup, l'herbicide controversé de Monsanto. Le ministre a promis d'agir, tout en reconnaissant l'influence de « Monsanto et des autres de ce genre ».
EmpireAvec 21 000 employés dans 66 pays et 15 milliards de dollars de chiffre d'affaires (14,2 milliards d'euros), Monsanto est un poids lourd de l'industrie agroalimentaire. Après des années de forte croissance (+17 % entre 2012 et 2014), la firme américaine traverse une période compliquée, due à la chute des cours des céréales, combinée au renforcement du dollar. Résultat : pour l'exercice fiscal 2015, achevé fin août, le chiffre d'affaires a diminué de près de 5 %. Le bénéfice net a chuté de 16 %, à 2,31 milliards de dollars. Monsanto a annoncé la suppression d'ici deux ans de 2 600 emplois. En dépit de ces difficultés, la firme reste le leader incontesté de la biotechnologie agricole :
environ 80 % du maïs et plus de 90 % du soja cultivés aux États-Unis proviennent de semences OGM brevetées par Monsanto. Un quasi-monopole construit à coups d'acquisitions. Entre 1996 et 2008, la firme de Saint-Louis (Missouri) a racheté plus de 50 entreprises spécialisées dans les semences ou la biotechnologie.
Pour faire prospérer cet empire, Monsanto cultive des relations étroites au Congrès et au gouvernement américains. L'entreprise « a été très efficace pour convertir sa puissance économique en influence politique, à travers le lobbying et le "revolving door" », explique Philip Howard, de l'université du Michigan. Le « revolving door » («porte tournante») consiste, pour d'anciens hauts fonctionnaires, à rejoindre une entreprise privée du secteur dont ils avaient la charge, et vice-versa. On peut citer Margaret Miller, nommée directrice adjointe de la FDA (Food and Drug Administration) en 1991, et chargée de superviser l'approbation de l'hormone bovine de croissance rBGH, qu'elle avait contribué à développer chez Monsanto. Ou Michael Taylor, nommé en 2010 commissaire adjoint de la FDA à la sécurité alimentaire. De 1996 à 2000, il était le vice-président chargé des politiques publiques de Monsanto.
Le groupe compte aussi sur l'appui de nombreux élus américains. En 2014, il a versé 536 000 dollars à plus de 110 députés et sénateurs. Et a dépensé plus de 3 millions de dollars pour soutenir un projet de loi interdisant l'étiquetage des produits alimentaires contenant des OGM, mis en place par trois États (Connecticut, Maine et Vermont). En réponse, des élus républicains ont déposé un texte de loi interdisant cet étiquetage au niveau fédéral et privant les États du droit de légiférer sur le sujet. Adopté par la Chambre des représentants en juillet, le texte doit être étudié par le Sénat.
Commentaire: Reprise d'un commentaire Sott : Le cas Monsanto est un cas fascinant. Stigmatisée, méprisée et détestée, l'entreprise ne s'est jamais aussi bien portée. Chaque année, la firme gagne un peu plus d'argent que l'année précédente ( la diversification des activités de l'entreprise tendrait à contrecarrer l'effet « mauvaise presse » des pesticides ). Jamais vraiment inquiétée par la justice, son expansion ne semble pouvoir être, au mieux, que ralentie, et au prix de grandes souffrances humaines. Il parait évident qu'aucune loi ou réglementation venant d'un gouvernement ou d'une administration y changera quoi que ce soit. Ne sont-ce pas ces mêmes institutions, malades, qui ont permis à Monsanto d'occuper la place qui est la sienne ? Monsanto est un cas d'école, une représentation symbolique parfaite d'une chimère condensant en elle seule les pires travers de l'humanité.
Et
Pendant ce temps :
L'histoire de Monsanto constituerait ainsi un paradigme de l'impunité des entreprises transnationales et de leurs dirigeants qui contribuent au dérèglement du climat et de la biosphère et menacent la sûreté de la planète. Organisé à La Haye, du 12 au 16 octobre 2016, le Tribunal Monsanto aura pour mission d'évaluer les faits qui lui sont reprochés et de juger les dommages causés par la multinationale. La Tribunal prendra appui sur les Principes directeurs relatifs aux entreprises et droits de l'homme adoptés au sein de l'ONU en 2011. Le tribunal examinera aussi s'il s'impose de réformer le droit pénal international notamment an amendant le Statut de Rome, créant la Cour pénale internationale en vigueur depuis 2002, pour que soit reconnu le crime d'écocide et que la responsabilité pénale des personnes physiques coupables de ce crime puisse être engagée.
Conscients des enjeux planétaires que représente la reconnaissance du crime d'écocide, qui seul permettra de garantir le droit des humains à un environnement sain mais aussi celui de la nature à être protégée, les initiateurs du Tribunal Monsanto lancent un appel à la société civile, à tous les citoyens et citoyennes du monde, pour qu'ils participent au financement de cette opération exemplaire, à travers la plus vaste plateforme de « crowdfunding » international jamais réalisée à ce jour. La défense de la sûreté de la planète et des conditions mêmes de la vie est l'affaire de tous et seul un sursaut collectif des forces vives permettra de stopper la machine de destruction en marche !
Un collectif international de juristes et d'ONG lance ce jeudi un tribunal international pour juger la multinationale accusée « d'écocide » :
Juges des cinq continents
Pour évaluer le comportement de Monsanto, ce tribunal prendra appui sur les « Principes directeurs sur les entreprises et les droits de l'homme », approuvés en 2011 par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies. « Ce texte constitue aujourd'hui la référence la plus largement admise définissant les responsabilités des entreprises au regard, par exemple, du droit à la santé, ou du droit à un environnement sain », explique le Belge Olivier de Schutter, ancien rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation et professeur de droit international à l'Université catholique de Louvain. Conseiller juridique de la préparation du tribunal, il a pour mission, avec l'avocate et ex-eurodéputée française Corinne Lepage, d'y associer des juristes de haut rang, magistrats, avocats et juges issus des cinq continents.
Le tribunal, qui a prévu de se réunir à La Haye du 12 au 16 octobre 2016, entend auditionner au maximum une centaine de plaignants venus des Amériques, d'Europe, d'Asie et d'Afrique. « Au cours de l'année qui vient, le Tribunal Monsanto recueillera des témoignages et un travail important de collecte d'informations aura lieu, précise Olivier de Schutter, qui fera notamment plancher ses étudiants. Il est encore trop tôt pour identifier les témoins ou victimes que le tribunal aura intérêt à entendre. Ce choix dépendra aussi de la stratégie suivie par les avocats des victimes. » Le Tribunal Monsanto se conformera « autant que possible » aux principes généraux du droit de la procédure civile, assure-t-il. La multinationale sera invitée à faire valoir ses arguments. « Il serait dommage que Monsanto préfère le silence au débat », pointe le juriste.
Contacté par Libération, le groupe estime que les « accusations invoquées réitèrent des idées reçues, inexactes et déformées, [qui] ne reflètent absolument pas la réalité». Monsanto rappelle qu'en France, où il emploie 600 collaborateurs, 200 000 à 300 000 agriculteurs bénéficient chaque année de ses «solutions très appréciées ». « La sécurité est une priorité pour Monsanto », assure encore l'entreprise, qui revendique « une démarche de transparence », ajoutant que « de nombreuses études scientifiques » sont réalisées sur ses produits. Monsanto se dit même « prêt à répondre à toutes les questions ». Le groupe viendra-t-il au Tribunal ? Il ne le dit pas.
Mais n'est-il pas absurde et inquiétant de devoir créer un tel tribunal pour pallier ce qui peut passer pour des insuffisances de la justice ? « Il serait inexact de prétendre que rien n'a pu être fait jusqu'à présent », relativise Olivier de Schutter. Et de citer le cas des habitants de Nitro, la ville de Virginie-Occidentale où Monsanto fabriquait l'agent orange, qui ont obtenu en 2013 un règlement amiable pour les dommages subis par la pollution à la dioxine.
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Chaque année, Monsanto provisionne des sommes colossales pour faire face aux procès que pourraient lui intenter les victimes de ses produits. Ce qui ne l'incite pas à changer de pratiques. « Tant qu'il demeurera plus profitable pour les actionnaires de faire courir des risques à la collectivité, quitte à devoir dédommager des victimes de temps à autre quand des procès sont engagés, ces pratiques subsisteront, conclut Olivier de Schutter. Des actions judiciaires entamées au cas par cas ne sont pas un substitut à une intervention beaucoup plus vigoureuse des pouvoirs publics. »
Mais qui financera ce Tribunal Monsanto, dont le coût est évalué à 1 million d'euros ? Vous et moi, espèrent ses initiateurs, qui lancent ce jeudi un appel « à tous les citoyens et citoyennes du monde », pour qu'ils y participent « à travers la plus vaste plate-forme de crowdfunding international jamais réalisée à ce jour ».
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