L'anthropologue britannique Mary Douglas décrivait en 1966, dans son livre
De la souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou, le caractère hors du commun et ambigu de deux animaux, aujourd'hui considérés comme étant probablement à
l'origine du virus qui fait trembler toute la planète.
La chauve-souris (oiseau sans plumes) et
le pangolin (fourmilier à écailles)
incarnent chacun à leur manière dans certaines cultures l'aberration, l'impureté et le chaos. En bref, ces deux animaux renvoient à une certaine idée du
désordre social. Et s'il y a bien
quelque chose que la pandémie de coronavirus rend visible et révèle, c'est toute une série de désordres pour lesquels nous portons, collectivement, une lourde responsabilité.

© inconnuChauve-souris / Pangolin. Pourquoi cette arrogance face aux animaux innocents avec qui nous partageons cette planète?
Une crise de l'hôpital public, contaminé par une
vision strictement comptable de la santé, ainsi que des réformes successives, ont mené inexorablement au manque de lits pour les patients ( - 100 000 en une vingtaine d'années, et -17 500 ces six dernières années), de personnel et de matériel en France.
Aujourd'hui en Italie, les médecins sont contraints de choisir qui sauver et qui laisser mourir du coronavirus, comme l'explique dans le quotidien
La Croix un médecin de l'hôpital de Crémone :
« Depuis ces derniers jours, nous devons choisir qui intuber, entre un patient de 40 ans et un de 60 ans qui risquent tous les deux de mourir. C'est atroce et nous en pleurons, mais nous ne disposons pas d'appareils de ventilation artificielle en nombre suffisant. »
Certes notre service public de santé est - à ce jour - sans doute moins dégradé qu'en Italie, mais pour combien de temps, si nous continuons à laisser une vision arithmétique borgne des choses guider nos choix politiques ?
Attendrons-nous la prochaine pandémie pour réaliser, impuissants, que nous nous sommes volontairement lié les mains dans le dos avant de sauter dans un torrent ?
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