Commentaire : Voici un article, qui pourra, certes, paraître long à certains de nos lecteurs, mais armez-vous de patience, car il a l'avantage de soulever la plupart des aspects du Covid-19 et de ses conséquences, tant au niveau individuel qu'au niveau collectif.
Pendant des années, ce qu'on jugeait normal s'est étiré jusqu'à approcher du point de rupture, telle une corde tendue de plus en plus fort, prête à être coupée en deux au moindre coup de bec du cygne noir. Maintenant que la corde s'est rompue, faut-il raccommoder ses extrémités ou bien continuer de défaire ses brins épars pour voir ce que l'on pourrait tisser avec ?

L'apparition du coronavirus est semblable au moment où une personne dépendante est confrontée à sa propre addiction ; l'emprise de sa normalité est rompue. Interrompre une habitude, c'est la rendre visible ; c'est faire d'une contrainte un choix. Lorsque la crise se calmera, on pourra peut-être se demander si l'on veut revenir à la normale, ou si l'on a aperçu quelque chose pendant cette interruption de la routine que l'on veut emporter pour cheminer vers l'avenir. On pourra se demander, après que tant de personnes auront perdu leur emploi, si tous ces emplois sont bien ceux dont le monde a le plus besoin et si notre travail et notre créativité ne seraient pas mieux utilisés ailleurs. On pourra se demander, après en avoir été privés pendant un certain temps, si l'on a vraiment besoin de tant de voyages en avion, de vacances à Disneyland ou de salons professionnels. Quels secteurs de l'économie voudrons-nous rétablir et lesquels pourrait-on choisir de laisser tomber ? Et sur une note plus sombre, parmi les choses dont on nous prive en ce moment - libertés civiles, liberté de réunion, souveraineté sur notre corps, rassemblements publics, étreintes, poignées de main et vie publique - pour lesquelles aura-t-on besoin de faire preuve de volonté politique et personnelle afin de les restaurer ?












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